L’homme, plutôt jeune, trente, trente cinq ans, coiffé d’une crête iroquoise de cheveux rouges raidis par une couche de gel, petit anneau argenté perçant son sourcil droit, trois ou quatre du même métal la partie supérieure du lobe de son oreille gauche, quelque chose comme un clou à tête de turquoise traversant sa lèvre inférieure, chacun des doigts des deux mains portant au moins un anneau d’argent, certains avec des motifs complexes — tête de mort, zvastika, 69, semences tapissières plus ou moins longues…— d’autres simples, comme des alliances, avec au poignet droit, un large bracelet en forme de collier de chien, autour du cou, un collier serré et une large ceinture de cuir également cloutés de têtes de diamant à laquelle est fixée une longue chaîne de métal, bomber noir matelassé d’une manière réfléchissant la lumière, pantalon corsaire en tissu écossais aux couleurs dominantes rouges et noires, au pied des rangers noires de CRS ou de parachutiste a quitté les bords du canal juste après la police. Personne ne l’a aperçu. Il est sorti de son taillis comme un chat, a regardé soigneusement autour de lui si quelqu’un pouvait l’apercevoir puis rassuré, s’est éloigné. Plutôt que de rejoindre les lumières de la rue qui partage le parc du château, il a préféré emprunter un sentier obscur traversant la partie sauvage. Autour de lui l’obscurité est complète, il marche comme par instinct se fiant à la sensibilité de ses pieds sur le sol. Il ne s’arrête pas, avance tranquillement. Quelque oiseau nocturne pousse son cri mais cela ne l’inquiète ni ne l’intéresse. Au bout d’une dizaine de minutes, il aperçoit une des portes du parc qui donne sur le vieux village, entre dans la lumière d’une rue. Il sait où il va… A cette heure-ci les rues sont totalement désertes, seules, de temps en temps, quelque voiture passe et quand cela se produit le personnage s’arrange pour qu’aucun occupant du véhicule n’aperçoive son visage. Dès qu’il le peut, il entre dans le réseau obscur des anciens chemins du village où ne peut passer aucun véhicule. Silence sur silence, toutes les fenêtres sont obscures, les maisons endormies, il marche dans une atmosphère d’ouate, parcourt sans hésitation le labyrinthe des ruelles, arrive à l’extrémité du village, traverse une route en prenant soin de n’être vu par aucun véhicule. Il entre dans le cimetière, avance dans les allées, se dirige sans hésitation vers une tombe dont la croix de fer est percée d’une inscription au travers de laquelle percent les rayons de la lune. Il s’assied sur la tombe. Attend. Attend.

Venue du côté de la forêt, à l’opposé de l’entrée du cimetière, une silhouette s’avance. Le punk la regarde venir.