La discussion au guichet n’en finit pas. rango est patient, Rango a le temps… mais quand même. Il abandonne, ressort à nouveau de la gare, se demande où il pourrait trouver des renseignements. Son voleur est tout de même remarquable, il doit bien y avoir quelqu’un qui l’aura vu, il ne peut pas passer inaperçu.

Une voiture s’arrête devant la gare, une audi quattro. Une portière s’ouvre. En descend une élégante jeune fille avec une valise. Elle laisse sa valise sur le trottoir, contourne la voiture pour aller embrasser le chauffeur. Rango entend : « bon voyage et surtout appelle-nous… » Rien de bien intéressant… Rango se dit que la vie est ainsi faite d’un immense désert de banalités d’où parfois, de loin en loin, émerge quelque chose de plus solide que le sable, un arbre, un rocher, un point de repère qui donne envie d’aller plus loin. Il entend le haut parleur de la gare qui annonce l’arrivée du prochain train, il regarde son ombre qui se projette sur le goudron chaud de la route, examine la petite place. Sur la gauche un vague hôtel brasserie. Il se dit que, avec un peu de chance, son iroquois est venu parfois boire là un café, une bière, une limonade, peut-être pour attendre son train en lisant un journal bien qu’il ne l’imagine pas en train de lire un journal. Ce genre de mec doit être à peu près inculte… De toutes façons il n’a pas grand chose à perdre. De toutes façons il a soif et un Perrier menthe ne pourra que lui faire du bien. Clopin clopant, marchant difficilement sur me plastique de fixation, il traverse la place, entre dans le café. Vide. Ou presque. Accoudé au comptoir devant un verre de vin rouge, un ouvrier en bleu de chauffe a le regard perdu dans un écran où galopent des chevaux de course. Le barman (le patron ?) accoudé en face de lui parcourt le journal local, une femme, âgée, l’air fatigué, gratte des jeux.

Rango s’assied à une table, déclare à voix haute : « un Perrier menthe ». Les clients ne le regardent pas. Le patron prépare la commande, vient vers lui, la dépose sur la table. Rango : « Je cherche un ami… » Le patron qui s’apprêtait à repartir vers le refuge de son comptoir s’arrête, le regarde, lève la tête en signe d’interrogation… Rango : « il est remarquable, il a les cheveux verts taillés comme une grande crête de coq ». Le patron : « Connais pas… mais il est venu ici hier… interrogatif : un mec assez jeune, un peu gringalet, un mètre soixante dix maximum… » « Oui, c’est ça, acquiesce Rango, vous l’avez vu ? » « Hier, il est venu de la gare, après le train de 14 h 28 qui vient de Paris, il a commandé un diabolo grenadine je crois puis il attendu le train de 14 h 45 qui va sur Paris… Je n’en sais pas plus » « Il est déjà venu avant ? » « Je ne crois pas, je l’avais jamais vu et il passe pas inaperçu… » « En effet… merci quand même… »

Rango se dit qu’il n’est pas doué pour les enquêtes de police. Hésite à retourner interroger le guichetier puis se dit, qu’après tout, l’incident ne vaut peut-être pas qu’il se donne tant de mal. N’est-il pas philosophe ? Et philosopher ne consiste-t-il pas à se convaincre en toute situation qu’un échec n’est pas vraiment un échec ?