A force de réflexion, Évelyne se dit que rien ne prouvait que c’était elle qui avait oublié de remettre l’enveloppe retrouvée par Imad et destinée à la commissaire, son collègue et que, de plus, la mort par asphyxie d’un clochard retrouvé dans un immeuble abandonné n’ayant paru suspecte à personne, l’enquête était close. Il était certainement inutile de la relancer car cette lettre avait tout d’une lettre de mythomane: elle était arrivée après la découverte du corps par des enfants et rien ne prouvait que le corbeau n’avait pas lui-même découvert ce corps avant l’envoi de sa lettre-collage. En effet, depuis, rien ne s’était passé. Évelyne était sérieuse dans son travail, scrupuleuse même, mais pas au point de risquer un blâme ou, pire, d’être déplacée du commissariat de Fontainebleau où elle menait une vie tranquille, dans un autre moins cool. Conciliant son confort personnel et son respect de la conscience professionnelle, elle jeta la lettre dans la poubelle du commissariat: si elle disparaissait définitivement ou si, par le plus grand des hasards, elle était retrouvée, c’est que le destin en décidait ainsi. C’était un mardi…

Le lendemain, un mercredi donc, elle était à nouveau de planton au commissariat et continuait) lire distraitement La disparition du Général Proust lorsque l’adolescent (quatorze ou quinze ans) qui lui avait remis la première lettre entra à nouveau, sur ses roulettes, en coup de vent dans le commissariat: «Une lettre pour le commissaire, dit-il, déposant sur la banque un enveloppe où Évelyne reconnut aussitôt le sigle de l’hôtel Cyprus». Stupéfaite, elle n’eut pas la présence d’esprit de réagir qu’il avait déjà disparu. Le temps de s’extraire de son siège, de courir vers la sortie: «Attends…», le divin adolescent était déjà loin.

Que pouvait-elle faire?