Le texte de la feuille de papier crème qu’Evelyne sortit de l’enveloppe qu’elle aurait dû remettre à la commissaire Albertine Mollet, sa supérieure hiérarchique, était constitué —comme dans les films policiers ordinaires— de lettres découpées dans des journaux et collés. A l’odeur il lui sembla que la colle était de celle que les écoliers achètent en bâtons. Mais là —même si cela pouvait constituer des indices sérieux— n’était pas l’essentiel. Le texte disait en effet ceci: «Je m’ennuie. Trop. Alors que je pourrais vivre tranquille de mes rentes, je m’emmerde. J’ai décidé que ça ne pouvait pas durer. Pour voir ce que ça fait, pour changer, pour rien… je viens de tuer un mec. Vous trouverez son cadavre dans une maison abandonnée, près du Loing, à Moret, sous le viaduc de chemin de fer…»

Il n’y avait pas de doute possible, cette lettre parlait du cadavre découvert une vingtaine de jours avant. Elle représentait donc un fait capital dans l’enquête de la commissaire Mollet mais Evelyne avait égaré cette lettre. C’était donc une faute grave, très grave. Elle posa la lettre à côté de son lit, essaya de réfléchir. Elle ne pouvait en parler à personne, pas même à son plombier de mari qui d’ailleurs ronflait déjà à côté d’elle. Elle essaya de lire. Rien à faire. En fait elle passa une nuit blanche. Le matin elle était crevée mais elle ne savait toujours pas ce qu’elle devait faire.