Ça bifurque, ça bifurque même sans cesse, aucune vie ne suit une ligne droite et, alors que l’on croit être sur une trajectoire et qu’il n’y a plus qu’à se laisser porter, quelque chose arrive, quelque chose cloche, quelque chose dérange et ça glisse, dérape, bifurque. Les certitudes foutent le camp, on ne sait plus où on va, on se rend compte que nous n’avons aucune prise sur notre foutu existence. Le roman sur ce point est plus simple qui va sans faiblir d’un point à un autre. Du moins la plupart du temps…

Pour Marc Hodges, son Albertine Schwilk est sur la voie, sur une voie, elle commence à tirer des fils. Après Madame Wang, c’est Madame Miri, un simple changement de patronyme car pour le reste l’essentiel est là: elle tient une piste et marc n’a plus qu’à suivre les rails. Albertine demande à madame Wang qui est Madame Miri. Réponse: «Madame Miri habiter au-dessus, quatrième étage, très gentille, vieille dame très gentille, garder parfois ma fille et mon fils. Très gentille, très serviable. Dame très bien… Vivre seule…» Albertine insiste: «Depuis quand est-elle partie?» Mme Wang: «Moi pas savoir, pas vu, Madame Miri très gentille, discrète, très discrète…» Marc décide que cette réponse énerve un peu son Albertine. L’interrogatoire va se poursuivre. Peut-être se durcir un peu, à voir…

Pour Albertine Mollet il en est autrement, elle est dans la panade et ne comprend rien à ce qui s’est passé jusque là. Elle est furieuse de l’article de ce foutriquet de Marc Hodges et si elle disposait de vrais pouvoirs, elle le foutrait bien un peu au trou pour lui apprendre à vivre. Ça c’est la tajectoire mais les choses ne se passent pas ainsi, Y a toujours un événement qui vient foutre la merde. On frappe à la porte de son bureau. «Entrez!», on entre, c’est le petit Winterhalter l’air excité comme un caniche en chaleur et embarrassé comme un communiant. Il attend de voir ce qui va se passer pour savoir quelle attitude adopter définitivement. Albertine: «Oui… qu’est-ce que vous voulez?» Tristan (un prénom qui lui va bien ceci dit…), hésite comme pour ménager son effet puis se lance: «Y a un os…» «Vous n’êtes pas obligé de créer du suspense, z’êtes pas dans un polard… alors?» «Le fils du Docteur Cottard, celui qui s’appelle Théo…» «Oui, et bien, ça vient où je vais chercher un forceps?» «Il a des problèmes, son père est là qui veut porter plainte…» «Merde, quoi encore…» éructe Albertine qui s’extrait de son fauteuil pivotant en faux cuir.