Albertine Mollet est dans son bureau. Elle a demandé qu’on ne la dérange pas. Chacun, dans le commissariat, sait qu’elle a horreur qu’on la dérange. Il paraît qu’elle a du travail. Tous en doutent, mais c’est la chef, alors… En fait elle lit tranquillement sur Internet les aventures de Ganançay, c’est une grande amatrice d’histoires politico-policières et elle partage une partie de son temps entre Ganançay et Un roman de Marc Hodges dont, à l’occasion, elle commente les pages.

Il est vrai que son travail n’est pas très passionnant: entre les réunions aux conseils communaux de son secteur —où elle doit s’engager sans cesse à réprimer les taggeurs, à réduire quelques tapages nocturnes, à essayer de chasser des parkings publics les éternels ivrognes quémandeurs —, les rondes sur son secteur où tout est tellement calme qu’elle doit s’intéresser aux voitures mal garées, aux amants qui garent leurs voitures à l’orée des bois, aux quelques filles qui tapinent ici et là au bord des routes, aux cabots agressifs et aux écoliers qui font l’école buissonnière, sa vie n’a de policière que le nom. Le seul événement un peu intéressant, la mort par asphyxie du clochard de Moret-sur-Loing, s’est révélée être un banal accident de la misère. Au moins, les aventures farfelues et imaginaires des romans qu’elle parcourt lui donnent à rêver que peut-être un jour, quelque chose se produira aussi pour elle. Elle n’est pas loin de penser que ses lectures l’y préparent.