Albertine revient

Élément de l'hyperfiction "La Disparition du Général Proust"

13 novembre 2007

Une clef USB

Il fait beau. Frais mais beau. Le soleil levant fait monter une légère brume qui aére la surface du grand canal, l’herbe luit de rosée. Un temps idéal pour la pêche. Mercredi est une journée de repos pour Guillaume Lemarchand, trente deux ans, passionné de pêche, garçon au café du viaduc qui vient s’installer avec ses quatre cannes, son casse-croûte et son siège pliant. Les rayons presque horizontaux du soleil enflamment à l’horizon les toits humides du château et leur lumière à fleur de terre accroche les accidents de l’herbe : son œil est attiré, à quelques mètres de lui, par un objet brillant de forme oblongue. Il s’approche : une clef USB en plastique bleu marine cerclée d’une bande argentée et dont les deux extrémités forment des anneaux. Sur une des faces la mention «Dane-Elec 2GB». Il la met dans sa poche, retourne à son activité principale: attraper des carpes immangeables qu’il remettrait à l’eau quelques heures plus tard après avoir photographié ses prises.

Il est environ dix sept heures lorsqu’il rentrr chez lui heureux de sa journée, d’avoir passé des heures à laisser son regard se perdre sur les lents mouvements des reflets aquatiques seulement interrompu de loin en loin par les oscillations d’une de ses cannes à pêche indiquant qu’une carpe suicidaire a mordu à ses appâts. Guillaume est un contemplatif capable de rêver des heures sur un brin d’herbe, un paysage d’automne, les vaguelettes de la Seine ou les mouvements délicats d’un écureuil grignotant un gland. Comme d’habitude il vide ses poches, redécouvre la clef USB qu’il avait ramassée le matin. Rien de spécial à faire, sa femme n’est pas encore rentrée du travail, ils n’ont pas d’enfant, il n’est pas passionné de lecture ni de télévision, essayer de voir si cette clef contient quelque chose lui paraît une occupation naturelle. Il allume son ordinateur, insère la clef dans le port USB. Le dossier qui s’affiche sur l’écran porte un titre: SURF; il l’ouvre: des photos. La fenêtre d’ouverture porte les indications suivantes: «5294 éléments, 749,4 Mo disponibles». Les vignettes des photos, trop petites pour être vraiment visibles, ne portent aucun titre mais des numéros, de «0000» à «5297». Il ne s’étonne pas outre mesure de la non correspondance des chiffres, décide d’ouvrir une photo au hasard, pour voir, sélectionne la 3357: un jeune homme blond (difficile de lui donner un âge précis, entre 15 et 20 ans peut-être…) entièrement nu, torse bronzé, de dos, penché sur un canapé à fleur, la tête légèrement tournée vers la droite il sourit à celui qui photographie ses fesses rosées. Guillaume se demande qui peut bien avoir fait une photo pareille. Il en ouvre une autre, 1201, un individu dont n’apparaît que la partie du corps au-dessus des genoux jusqu’au nombril, son pantalon est baissé, révélant un slip à carreaux (le tissu lui fait penser à celui d’un mouchoir) faits de bandes mauves et bleutées, sa main gauche a fait glisser la ceinture du slip révélant les pils pubiens, le torse est nu; 3730, deux jeunes hommes nus, chaussettes exceptées, celui de droite, tout en baissant de sa main gauche le slip de son partenaire, s’est, de sa main droite emparé de son sexe… Après avoir ouvert une dizaine de photographies, la conviction de Guillaume est faite, cette clef ne contient que des photos pornographiques explorant toutes les positions imaginables d’un Kama Soutra homosexuel, certaines relativement anodines, la plupart extrêmement crues.

Il la retire de son ordinateur, se demande ce qu’il va en faire.

Posté par hodges à 16:07 - Protagonistes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

14 novembre 2007

Je suis un écrivain anxieux

Une clef USB… pas terrible comme titre. Si je voulais faire plus polar, «une mystérieuse clef USB» aurait été mieux ou «une clef mystérieuse» tout simplement ou même «la clef de la pornographie», plus accrocheur ou encore «des milliers de culs» qui aurait été plus parlant. Pour Libé, j’aurais dû écrire quelque chose comme «des sexes à la clef»… Bref, j’écris trop vite, trop mou… Paraît que pour être un vrai écrivain il faut suer sur le texte, peser longuement chaque ligne: écrire doit être une souffrance. Je ne souffre pas assez, je n’ai pas envie de souffrir et puis… je m’en fous pourvu que je prenne mon pied à ce que je fais, je ne suis pas payé pour pisser de la copie. Qui s’en soucie d’ailleurs? J’aurais quand même peut-être dû être plus explicite, c’est vrai que la différence de valeur entre la numérotation des fichiers et leur nombre contenu dans la clef n’est pas évidente à premier abord, il faut connaître un minimum d’informatique et être perspicace mais l’intérêt de toute lecture ne réside-t-elle pas justement dans la mise à l’épreuve de la perspicacité du lecteur? Lire c’est interpréter, analyser, imaginer, pas se laisser porter pour la petite musique des mots. Il est vrai qu’aujourd’hui, ce qui se vend le plus est justement du texte prédigéré où le lecteur doit réfléchir le moins possible, du temps de cerveau disponible, du temps de cerveau fatigué entre deux moments de somnolence dans un train de banlieue ou dans la douce mollesse d’un transat de plage… J’essaie d’écrire comme ça, de vendre, avoir des lecteurs, des milliers de lecteurs, des millions, je n’y arrive pas, je n’y suis jamais arrivé, trop compliqué peut-être, ou trop mollasson, manque d’audace. Mes descriptions d’images porno par exemple restent à la limite du politiquement correct, faudrait avoir l’audace d’aller plus loin, que le texte jute, soit poisseux de sperme, sente le sperme, le foutre, le jus de sexe, que le lecteur en ait plein la bouche, qu’il bande, éjacule dans son pantalon ou son pyjama… Photo 1319: «gros plan sur une bite raide, peau tiré, frein du gland tendu, rose sur rose, rose humide sur rose tendre, rose-brun de la peau rasée des bourses, rose-orangé du bas ventre, le jeune homme brun, cheveux très bruns, tient délicatement la verge rosée entre trois doigts d’une de ses mains, il a les yeux fermés, ses paupières sont des roses trémières, la main de son partenaire repose sur sa tête pour l’attirer au plus près de la verge dont il s’est emparé. Rose tendre du visage, nez, bouche sont sur la verge, sa langue — presque rouge — lèche le fruit humide du gland qui s’offre, les narines s’entrouvrent sur l’odeur mâle de ce fruit dur et tendre à la fois, les lèvres vermillon mouillées s’entrouvrent prêtes pour apprécier la saveur particulière du membre qui fait toute la diagonale de l’image, sa composition, sa beauté, poignard de chair veinée de bleu, rose violacé des bourses à gros grains de peau, jeu des ouvertures et des muscles…» en mettre des pages pour essayer de traduire l’impression à la fois de diversité et de monotonie de ces photos. Ou alors, pourquoi les évoquer? Ne suffit-il pas de dire que la clef contient 5297 photos homo-érotico-pornographiques? De quoi a besoin un lecteur? Qu’est-ce qu’écrire si ce n’est pas gagner sa soupe? Je ne sais pas… je n’ai jamais su vraiment. Comme toujours j’écris mais j’écris en aveugle, à tâtons… j’envie ceux qui peuvent parler des heures de leur écriture, qui semblent savoir où ils vont. pour moi c’est un labyrinthe dans le brouillard où je marche sans vraiment savoir où je vais, sans savoir si j’avance ou si je recule, si je progresse ou si je tourne en rond. L’écriture m’évite de penser que le temps passe et, si elle me fait perdre ma vie, elle me permet d’en ignorer le pathétique.

Posté par hodges à 17:21 - Marc Hodges - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

28 novembre 2007

Ce que fait Guillaume Lemarchand avec la clef USB

Guillaume Lemarchand s’est décidé, il n’est pas très intelligent, mais quand même… Il n’ignore pas qu’il y a eu un crime tout près de l’endroit où il a trouvé la clef USB pleine de photos érotiques homosexuelles (forcément homosexuelles, il ne lui vient pas à l’idée qu’une femme puisse s’intéresser à des photos de jeunes hommes nus dans des positions non équivoques). Il ne va pas essayer de la vendre — pourtant un peu de fric ne lui ferait pas de mal et il se souvient des revues ou des cassettes que les adolescents se passaient sous le manteau quand il était lycéen — trop risqué, au cas où !… En plus il n’est pas sûr que tous les personnages des photos aient dix huit ans, pas question d’être considéré comme pédophile, homo, gay le gênerait déjà un peu alors pédophile ! Si jamais sa femme tombait sur ces photos ce serait un drame d’autant qu’ils ont un petit garçon de sept ans et que le ménage bat un peu de l’aile (d’où en partie sa passion pour la tranquillité des après-midi de pêche), ce serait un dossier à charge tout trouvé. Il a songé à la jeter quelque part, dans la Seine, dans la forêt, dans les toilettes d’un établissement public quelconque, de la brûler dans sa cheminée, la détruire dans un bain d’acide sulfurique (souvenir lointain de son lycée technique mais il ne sait pas que seul l’acide nitrique attaquerait les circuits imprimés, que le plastique ne subirait aucun dommage et qu’il y a de grandes chances pour que l’on puisse récupérer tout de même les informations). En fait il se creuse la tête pour rien car il n’a pas envie de détruire la clef. Quelque chose comme un scrupule moral. Pourtant il n’aime pas les flics, dans son quartier c’est comme ça, le flic c’est l’autre, celui à qui on ne parle pas, avec qui on ne boit pas un coup, il n’y a pas de flic fréquentable. Il n’en connaît aucun qui vienne dans le bistro où il travaille, ou alors il vient incognito. Ça lui paraît difficile… Donc…

Donc il a pris ses précautions: il a soigneusement essuyé la clef USB pour être sûr de ne laisser aucune empreinte (il n’a pas pensé une seconde que procédant ainsi il pouvait détruire d’autres traces qui auraient pu conduire la police vers un suspect), mettant des gants, il l’a enveloppée dans des formulaires de Loto, puis dans une feuille de papier où il a collé les mots «TRES IMPORTANT» découpés dans un journal local gratuit d’annonces, ajoute une carte postale du Grand Canal du château où une croix au feutre rouge indique l'emplacement de sa découverte et la date 28 mars 2007 16 heures 30, a mis le tout sous enveloppe, a humidifié la bande collante de l’enveloppe avec une éponge (il a vu un jour à la télé, dans une série policière qu’il était possible de récupérer des traces d’ADN s’il mouillait la colle avec sa langue — il ne sait pas bien ce qu’est l’ADN mais il sait que, dans le film, c’est comme ça que le tueur s’est fait pincer), l’a déposée dans la boîte aux lettres d’un village où il ne va jamais avec une adresse faite de lettres découpées collées: «COMMISSARIAT DE FONTAINEBLEAU 77300», est rentré discrètement chez lui, a décidé de tout oublier.

Posté par hodges à 15:10 - Protagonistes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

22 janvier 2008

La clef USB arrive au commissariat de Fontainebleau

Le jour où l’enveloppe contenant la clef USB expédiée, de la façon la plus anonyme possible, par Guillaume Lemarchand, le planton de garde était l’agent Robert Santeuil. Comme à l’accoutumée, il enregistra le courrier, nota qu’il n’y avait aucune indication d’expéditeur mais que la lettre venait du bureau de poste d’Échouboulains, l’ouvrit, en sortit la clef USB. Santeuil était loin d’être un imbécile et n’ignorait pas, pour en posséder lui-même une où il archivait ses photos de famille, ce qu’était une clef USB et l’usage que l’on pouvait en faire. Toutefois, hiérarchie oblige, il ne l’installe pas sur le micro-ordinateur de la salle d’accueil. Il trie le courrier, classant dans les casiers destinés à cet effet, les habituelles réclamations concernant les procès verbaux pour stationnements illicites, les circulaires ministérielles, les diverses dénonciations anonymes (commerçant empitétant sur l’espace public, femme s’adonnant à la prostitution, adolescents revendant du hasch, bruits de voisinage, chien dangereux, vol à l’arrachée, etc.) que les lieutenants inspecteront quand ils en auront le temps… Rien que de très habituel. Seule la clef USB sort du lot. dans ses souvenirs, aucun objet de cette sorte n’a jamais été réceptionné au commissariat de Fontainebleau : il décide d’en parler tout de suite à la commissaire Mollet, traverse le couloir, va frapper à la porte de sa supérieure.

— Entrez. Il entre. — Que me voulez-vous Santeuil, un problème ? — …blème (Santeuil a la curieuse habitude de répéter la dernière, parfois les deux dernières syllabes de son interlocuteur ou de son interlocutrice comme si, ayant devancé en pensée ce qui lui était dit, il avait hâte de prendre à son tour la parole), pas vraiment mais nous avons reçu ça (il montre le petit objet de plastique bleu que constitue la clef USB…) — C’est quoi (demande Albertine Mollet qui n’a pas bien distingué l’objet) — Quoi… une clef USB. — Oui et alors ? — Alors… vous savez à quoi ça sert ? — Vous me prenez pour une imbécile Santeuil, je me suis déjà servie de clef USB, qu’est-ce que celle-là a de particulier ? — lier… Nous venons de la recevoir dans une lettre anonyme, j’ai pensé que c’était bizarre. — Bizarre, en effet (Albertine Mollet tend la main, prend l’objet), vous êtes sûr qu’elle n’est pas piégée ? — gée… Non, je n’y ai pas pensé. — Faut s’en assurer. Faut aussi vérifier qu’elle ne contient pas de virus susceptible de contaminer nos machines. — chine… Qu’est-ce que je fais ? — Appelez la gendarmerie, ils ont un service spécialisé pour cela… — la… D’accord, je le fais tout de suite. — Tenez-moi au courant… — ran… bien sûr chef.

Il sort. Albertine Mollet se dit que Santeuil est bien agaçant avec sa menie de répéter la fin de ses phrases mais bon, c’est quand même un agent compétent. Elle se remet à rédiger le rapport mensuel concernant les affaires élucidées et non élucidées.

Posté par hodges à 15:25 - Éléments d'enquête - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 février 2008

Police scientifique

La commissaire Albertine Mollet vient de recevoir le rapport de la gendarmerie, de la police scientifique, sur la clef USB qui lui a été envoyée dans un courrier anonyme. Celle-ci lui a également renvoyé cette clef pour la joindre au dossier si elle décide d’alerter le Procureur de la République.

«Clef USB du commerce, formatée pour PC Windows, de deux gigaoctets dont ne sont utilisés que 794,4 mégaoctets. La clef elle-même a été soigneusement essuyée et ne semble porter aucune empreinte digitale cependant une légère trace ADN (salive ?) a été relevée sur la partie métallique de la clef que l’expéditeur a oublié d’essuyer. Dans un dossier intitulé SURF — ce qui semble indiquer l’origine Internet des documents — elle contient 5294 photos numérotées, de «0000» à «5297», conséquence d’une erreur (ou d'un saut volontaire) dans la numération, manquent en effet les clichés 9, 99 et 999, ce qui semble suggérer qu’il ne s’agit en rien d’un hasard mais d’une omission délibérée. La clef ayant subi plusieurs effacements en «mode sécurisé», il n’a pas été possible de vérifier si ces photos avaient été enregistrées puis effacées ou si elles n’avaient jamais été présentes sur la clef. Nous n’avons trouvé sur l’objet aucun élément permettant d’émettre à ce sujet des hypothèses utiles. Toutes ces photos sont de type pornographique et représentent des jeunes hommes nus dans des scènes à caractère érotique : fellations, masturbations, pénétrations… en solo, duo ou groupes. La plupart des photos proviennent de sites pornographiques du commerce et les acteurs sont connus de nos services: il s’agit pour 99 % des cas de jeunes majeurs même si certains d’entre eux, d’apparence particulièrement jeunes, pourraient laisser penser le contraire. Seul 1 % d’entre elles, 53 photos exactement, représentent des acteurs non encore connus ou des jeunes sans aucun doute mineurs. Toutes les photos ont été retravaillées sous un logiciel de retouche d’images (probablement Adobe Photoshop), de façon à effacer les noms des sites, à corriger des détails ou des imperfections, à recadrer les photos pour rendre des détails plus visibles, à adopter un format identique à toutes, — hauteur de 800 pixels prédominante, sinon largeur de 1200 pixels — ce qui permet de penser qu’elles étaient destinées à des projections sur un format étrange 2/3. La qualité du travail de retraitement laisse supposer qu’elle a été le fait d’un spécialiste de la retouche d’image.

Une série de ces photos se retrouve en double exemplaires dans cette «base de données» particulière. Cette duplication semble obéir à une loi mathématique simple, par exemple: 1-11, 22-222, 5-55, 43-434, etc… Aucun élément ne nous permet de faire des hypothèses sur ces répartitions numériques.

En conclusion il s’agit a priori d’une base de données pornographiques homosexuelles comme en constituent souvent les pornographes en tous genres, celle-ci étant spécialisée vers les jeunes homosexuels sans aspects criminels notoires. Le seul aspect intrigant de cette base est dans les jeux de numération des données qui pourrait peut-être donner lieu à enquête plus approfondie. Nous pourrions alors essayer d’exploiter la trace d’ADN relevée.»

Albertine n’est guère plus avancée. Va falloir prendre une décison.

Posté par hodges à 16:00 - Albertine Mollet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 février 2008

Albertine Mollet rentre chez elle

Albertine Mollet est fatiguée des problèmes de son commissariat, trop de paperasse inutiles, d’adjoints incompétents, de voleurs de poules ou de sacs de vieilles dames… et lorsqu’il y a une affaire un peu sérieuse, rien n’avance. Les parents de la vieille dame dont le cadavre a été retrouvé dans la grotte d’Arnette ne cesse de la harceler et ne se contentent pas de ses renvois à la gendarmerie. Ce qui a compliqué les choses c’est qu’ils sont membres d’une minorité religieuse et voilà que maintenant elle a toute cette communauté — ses avocats, son site web, ses flyers…— sur le dos, pas un jour sans plainte… Ça vire au harcèlement, ils ont encore réussi à obtenir un papier dans le canard local « Où en est l’enquête sur la violation de sépulture ? » où elle est accusée — à mots couverts, mais quand même — d’incompétence. Fatiguée… Prétexte : forte migraine. Seize heures. D’habitude c’est plutôt vers dix neuf heures. Elle quitte le commissariat, rentre chez elle. Devant elle deux bonnes heures de tranquillité, Kevin en maternelle que sa nounou va aller chercher, Karcher chez la même nounou, Rango normalement chez un de ses élèves. Elle va pouvoir se reposer un peu…

Elle arrive. Silence dans la maison comme elle l’avait prévu. De la lumière cependant à l’étage. Bizarre… Elle est flic. Si c’était un cambrioleur ? Rêve et cauchemar. Décide de rentrer par la porte de derrière, la plus silencieuse, se déchausse, prend son revolver au cas où, monte sans bruit à l’étage. La porte du bureau est ouverte. Elle reconnaît de dos la silhouette familière de Rango. Qu’est-ce qu’il fait là ? Devant lui l’ordinateur est allumé. Rango semble très absorbé. Sa tête dissimule en partie l’écran, pas totalement. Elle croit percevoir un corps nu, attend. Sans aucun doute, Rango surfe : les écrans se succèdent à un rythme rapide. Elle se hausse sur la pointe des pieds. Pas de doute, ce sont des nus. Trop loin, elle ne peut dire de quoi il s’agit vraiment mais elle ne peut s’empêcher de penser à la clef USB… Absurde ! Certainement absurde mais la couleuvre s’insinue dans les plis de son cerveau. Albertine glisse sur la moquette, retient sa respiration, elle est assez proche pour voir par dessus la tête de son mari. Pas de doute, il surfe sur des sites pornos gays. Dans la sortie USB de l’ordinateur, une clef de plastique rouge. Elle pense ne l’avoir jamais vue. Elle hésite, décide de se manifester, recule de quelques pas, fait craquer une marche d’escalier. Rango passe rapidement du logiciel de navigation à une page Word, se retourne : qu’est-ce que tu fais ici ? — Et toi ?

Ils se regardent.

Posté par hodges à 14:46 - Albertine Mollet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

08 avril 2008

Le soupçon

Dés que vous pensez avoir surpris quelqu’un accomplissant un acte que vous jugez anormal, intrigant ou étrange, dès lors que cette idée vous est venue en tête et que cette personne semble vouloir dissimuler quelque chose, le soupçon comme un virus s’installe en vous. Il n’occupe pas seulement votre cerveau vous suggérant sans cesse de nouvelles remarques — ce n’est pas la première fois qu’il (elle) me cache quelque chose, je me souviens de cette fois —une impression bizarre — où j’ai ramassé un carnet tombé d’une de ses poches et où il (elle) s’est précipité pour me le prendre des mains comme s’il (elle) avait peur que je l’ouvre et y découvre des secrets, ou encore de cette conversation téléphonique surprise avec ce sourire niais sur le visage, ce ton de voix mielleux qui, à mon arrivée s’est transformé en conversation affectée et banale suivi d’un rapide raccrochage ou encore de ce tiroir fermé par une clef soi-disant perdue qu’il faudrait changer mais qui ne l’a jamais été ou ce rendez-vous à une heure indue sans raison crédible et qui, sous votre insistance (mais sans plus) se transforme en algarade sur le droit à la liberté et à l’indépendance ou encore cette carte postale (que vous aviez trouvé de mauvais goût) (c’était dans une location de vacances) présentant la photo d’un superbe Adonis de marbre mais dont la (possible) feuille de vigne était remplacée par une main et qui, pour toute signature ne portait qu’un chiffre (que vous avez d’ailleurs oublié depuis) ou encore… Tout souvenir soudain s’ouvrant sur une relecture donnant aux faits et aux événements passés une coloration que vous n’aviez pas jusque là perçue… Le soupçon, ce virus, n’occupe pas votre seul cerveau, il s’insinue dans votre corps provoquant un sentiment d’oppression et d’angoisse, vous persuadant que vous ne pouvez pas ne pas découvrir quelque chose qui mettra en cause toute votre vie, une sensation de mal-être diffuse, poignante engorgeant votre estomac, bloquant votre gorge comme si vous alliez vomir ou vous étouffer, comme s’il y avait en vous un corps étranger, un intrus (et vous vous souvenez de ces films d’épouvante ou un être difforme, monstrueux, parasite un corps humain dont il se nourrit) qu’il faudrait pouvoir expulser mais qui est là, lourd, pesant, gluant, visqueux, peu à peu occupant la totalité de votre être.

Albertine Mollet pense à Rango, au comportement de Rango, elle est revenue dans la journée (prétexte : avoir oublié des remèdes) du commissariat chez elle pour fouiller le bureau de Rango. Elle cherche la clef USB rouge et le fait qu’elle ne la trouve pas ne fait qu’accroître son soupçon : où peut-il l’avoir mise… et pourquoi ?

Posté par hodges à 14:47 - Albertine Mollet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 mai 2008

Albertine Mollet se décide à parler à Rango

Albertine n’y tient plus : deux jours depuis qu’elle a surpris Rango à surfer sur ce qu’elle considère comme étant et le doute n’a cessé de la tarauder. Que faisait-il avec cette clef USB qui a disparu ? Elle a décidé d’en avoir le cœur net.

Il est vingt deux heures, Kevin et Karcher dorment tranquillement dans leurs chambres. Prétextant une fatigue que démentait un sourire engageant, elle est allée se coucher de bonne heure. Rango l’a aussitôt rejointe. Il la caresse, elle se laisse faire un moment puis à son tour devient active. Ils ne tardent pas à faire l’amour. Plutôt bien. Les corps relaxés, ils se reposent quelques instants continuant à se caresser doucement pour prolonger un peu leur jouissance, apaiser l’orage de l’orgasme. Elle se coule contre lui, pose sa tête sur le haut de sa poitrine, le laisse caresser ses cheveux et ses seins. Elle juge le moment propice : — Chéri, je peux te poser une question ? Il n’a pas l’air surpris, il n’est pas méfiant : — Si tu veux savoir si j’ai pris du plaisir, c’est oui… beaucoup… — Non ce n’est pas ça, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir… Nous devrions faire l’amour plus souvent… Il ne répond pas, ferme les yeux pour continuer à éprouver la douceur des caresses… Elle insiste : — J’ai un problème… Enfin… Pas un gros problème, un petit problème… mais j’ai peur que tu te fâches… Ce simple soupçon met Rango sur ses gardes. Son corps se raidit, il ne répond plus aux caresses. Elle le sent, sent que ses mains ont cessé de se promener sur son corps, que sa tête s’est légèrement redressée sur l’oreiller. Il ne dit rien, attend. Elle ne peut plus reculer. Ce qui est dit est dit, il lui faut aller de l’avant : — Voilà, avant hier soir je t’ai vu surfer et dès que tu m’as aperçue, tu as immédiatement quitté Internet comme si tu avais peur que je vois ce que tu regardais. Depuis, je ne peux m’empêcher de penser que tu regardais des sites X… — Tu m’espionnes maintenant ? Sa voix est sèche, sa peau se rétracte comme s’il rentrait dans sa coquille, il se redresse, repousse sa tête de sur sa poitrine, je n’aurais jamais cru ça de toi… Non, non, je ne t’espionne pas mais… j’ai cru… — C’est bien ce soupçon qui me trouble. Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup ? Elle rentre en elle-même : — Tu sais, je suis en pleine histoire pédophile… Ne m’en veux pas ! Mon boulot… — Ton boulot n’excuse rien. Tu me soupçonnes… et de pédophilie en plus si je comprends bien ! — Non, non ! Mais… — Mais quoi ? — J’ai cherché ta clef USB rouge, j’en avais besoin pour… Il s’emporte : — Ma clef USB ? Pourquoi veux-tu ma clef USB, Quel est le rapport entre tes soupçons ridicules et cette clef USB, comment sais-tu que j’en ai une… et rouge, en plus ? — Je l’ai vue ! Il s’est retourné sur le côté, lui tourne le dos : — Ton métier déteint sur toi, tu te comportes comme un flic ! Elle comprend qu’elle s’y est mal prise, mais c’est trop tard, elle ne sait plus que dire ; — Rango, sa voix se veut tendre… — Fous-moi la paix ! Il éteint sa lumière. — Pardonne-moi ! Il ne répond pas, son corps s’est éloigné de celui d’Albertine. Elle éteint à son tour, essaie de s’endormir.

Posté par hodges à 15:48 - Albertine Mollet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
« Accueil  1