Albertine revient

Élément de l'hyperfiction "La Disparition du Général Proust"

04 juillet 2008

Albertine Schwilk se démène

Albertine Schwilk a fait reproduire les portraits du jeune chinois et de la jeune chinoise morts dans le Grand Canal du Château de Fontainebleau. Le rapport du médecin légiste précise qu’ils sont mort noyés mais ne se prononce pas sur la possibilité d’un suicide. En effet chacun d’eux avait absorbé une importante dose de barbituriques et rien ne prouve qu’il l’aient fait volontairement. Rien d’ailleurs ne prouve non plus le contraire. L’intuition d’Albertine — elle a toujours fait confiance à son intuition qui ne l’a trahie que très rarement (confiance qui est souvent de règle dans les meilleurs romans policiers et qui s’avère très pratique pour leurs auteurs embarqués dans des intrigues confuses)— lui dit qu’ils ont été assassinés et qu’il y a un rapport avec le meurtre de Madame Wang (du moins si elle aussi a été assassinée, mais cette hypothèse est la plus intéressante. Elle ne sait pourquoi mais elle le sent. C’est déjà ça… Elle a donc fait reproduire les photos des deux jeunes gens et envoyé une batterie d’enquêteurs dans le treizième arrondissement de Paris ainsi qu’à Belleville et Vitry-sur-Seine pour voir si quelqu’un les connaît. Comme chacun sait ce genre d’enquête est des plus aléatoires cependant il arrive que le hasard fasse bien les choses et sourie aux forces de police.

Le second indice, plus sérieux, dont elle dispose est celui du billet de loto du samedi 17 juin 2006 trouvé près du cadavre en décomposition de la vieille dame. Bien qu’en très mauvais état et ses inscriptions à moitié effacées par l’humidité de la grotte, les traitements scientifiques de la gendarmerie ont permis de reconstituer presque totalement son numéro d’enregistrement. Une recherche dans les fichiers informatiques de la loterie des tickets achetés ce jour a permis d’établir avec une quasi certitude qu’il ne pouvait avoir été acheté que dans trois lieux : le bar du plateau à Sète, le Cristal bar à la Ciotat ou au « 20 sans O »  situé 15 rue Vandrezane dans la treizième arrondissement de Paris. Il ne lui a pas fallu bien longtemps pour conclure que ce lieu était celui où le billet avait été probablement acheté. Cependant, ce ticket n’étant pas un ticket gagnant il ne devrait pas être facile de retrouver son acheteur si, une fois encore, le hasard n’avait aidé la justice. Le billet avait en effet été payé par une carte Gold détenue par un certain Bai Hua au nom d’une association française des études hexagrammatiques. Restait à trouver ce monsieur Bai Hua. Au départ, Albertine Schwilk se disait que cette piste devait être facile mais ses recherches sur Internet n’avait rien donné et elle avait dû demander à la banque l’adresse de cette association. La réponse avait été décevante : l’association s’était dissoute le 30 juin 2006, son compte fermé et la banque n’avait aucune trace de ce M. Bai Hua. Par acquit de conscience, Albertine avait demandé tous les relevés bancaires de cette association. En vain. La banque avait argué du secret bancaire. Il lui avait fallu obtenir une autorisation du Procureur Général de Paris — ce qui avait pris quelques temps — pour, une fois les démarches nécessaires effectuées, obtenir enfin de la banque des documents décevants, ce compte n’avait été ouvert qu’un mois et ne comportait que trois opérations : un dépôt de 1000 €, l’achat du ticket de loto et un retrait par M Bai Hua de 990 € à l’agence bancaire où avait été ouvert le compte.

Posté par hodges à 19:11 - Albertine Schwilk - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


26 septembre 2008

La chance, parfois, sourit aux personnes obstinées

S’entêter finit par payer. Albertine Schwilk est du genre a ne jamais rien laisser tomber, un vrai pitbull, une fois qu’elle a planté ses crocs dans un gibier rien ne lui ferait lâcher prise. Il est vrai que ça ne marche pas toujours, que parfois elle se trompe et mord dans une viande qui n’est pas la bonne mais… Ce n’est ni le lieu ni le moment de philosopher, l’essentiel c’est que, cette fois-ci elle tient quelque chose. Une petite frappe du treizième arrêtée pour avoir menacé des touristes la nuit à la sortie d’un des multiples restaurants sino-japonais du quartier, a négocié sa libération contre une information : — On tient pas à te garder, dit le flic, mais on est obligés. — Oui on est obligés dit l’autre, t’as fait le con. — Oui t’as fait le con, alors ! — A moins que tu puisses nous donner quelque chose en échange. — Oui, une sorte d’échange… Ils ont alors posés quelques questions sur les affaires en cours, pour voir, au cas où… des fois ça marche… Quand ils ont donné le nom de Bai Hua, le gars n’a pas hésité, de son accent chinois chantant (comme si le français était une langue à tons ! Il est vrai qu’il est soumis à des tas de modèles externes ces temps-ci (pense le gros flic — pardon, j’ai oublié de dire qu’il y avait un flic Laurel et un flic Hardy)), il a dit : — Bai Hua, je connais… —Parfait a susurré le gros ça pourrait arranger tes affaires. — et où peut-on le trouver ce Bai Hua, a demandé le maigre sur un ton très professionnel ? — Je sais où il travaille, mais je ne connais pas son adresse (ceci dit dans un français sinisé, style : savoir où lui travailler, mais pas connaître adresse… mais ce serait trop fatiguant pour mon lecteur de tout transcrire ainsi, ça ferait trop polar en plus… Donc vous traduirez si vous voulez). — Tu sais y aller ? —Oui. — Comment ? — Je prends le métro, je descends à Chevaleret, c’est en face. — En face ? — Oui, du côté opposé à l’hôpital. — Boulevard Vincent Auriol traduit le flic. Le jeune ne bronche pas, ce nom semble ne vouloir rien dire pour lui. Il continue : — Il a une boutique à côté d’un restaurant chinois et d’un bistrot. — Vachement vague dit le vieux. Le mieux c’est que tu nous montre. On prend une bagnole et on y va.

C’est ce qu’ils ont fait.

Posté par hodges à 15:03 - Albertine Schwilk - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

03 octobre 2008

Monsieur Bai Hua

Le commissaire du treizième (un certain Eduardo Marga) a prévenu Albertine Schwilk : ils ont repéré Bai Hua. Toutes sirène hurlantes, elle rapplique aussitôt, Eduardo Marga l’attend. Quand elle arrive il l’accompagne, lui montre la boutique, une librairie papeterie. Ils entrent, une sonnerie aigrelette se fait entendre dans les tréfonds de l’arrière boutique, elle semble venir de loin. la boutique est petite, le sol couvert de cartons d’emballage aplatis, de nombreux rayonnages coupent la pièce en tranches, l’espace en semble plus minuscule encore, on circule comme dans un labyrinthe aux couloirs étroits conduisant vers une petite porte protégée d’un rideau de perles donnant sur un espace obscur. Sur tous les rayonnages, des piles de journaux, revues, magazines chinois, mauvais papier, couvertures aux couleurs criardes ; certains d’entre eux, défraîchis, semblent ne pas être d’actualité — d’occasion peut-être…— mais ni Marga ni Schwilk n’ont les moyens de s’en assurer. Albertine rôde dans les rayons: aucun titre en français si ce n’est dans un coin près d’une caisse archaïque, trois exemplaires du Monde de la veille. Marga feuillette quelques revues qui ressemblent à des mangas, il est incapable de savoir si elles sont chinoises ou japonaises, il ne connaît rien aux idéogrammes. Comme après quelques minutes personne ne se manifeste, Marga ouvre à nouveau la porte pour faire retentir la sonnerie aigrelette. Elle retentit. Rien semble ne se passer. Eduardo et Albertine se concertent du regard, s’apprêtent à traverser le rideau de perles mais un bruit de pas traînant se fait entendre dans l’espèce de couloir obscur, un raclement de gorge, quelqu’un vient… Une ou deux secondes après, un petit vieillard vêtu d’un pull-over de laine verdâtre informe et d’un pantalon mou de toile noire, vient vers eux. C’est un chiois — ce qui n’a rien d’étonnant—, un vieux chinois qui semble sans âge, visage couleur-coing, ridé, petite barbe vaguement pointue au bout du menton, cheveux très blancs, il est tout petit, Marga qui mesure un mètre soixante dix-huit semble devant lui un géant, le chinois ne doit pas dépasser un mètre cinquante. — Monsieur Bai Hua, demande Albertine? Le vieillard la regarde derrière ses petites lunettes rondes, à travers la fente de ses paupières, la voix est faible, avec un registre plutôt aiguë, un peu chevrotante: — Bai Hua, oui Bai Hua, je suis Monsieur Bai Hua. — Commissaire Schwilk et commissaire Marga, dit Albertine, nous aimerions vous poser quelques questions… — Quelques questions, oui, quelques questions, quelles questions ? Vous pouvez poser questions… A ce moment là une très belle jeune fille, fine, grande, élancée de type asiatique, cheveux lisses très noirs, visage très triangulaires, pommettes très lisses, rentre dans la boutique, la sonnerie aigrelette retentit encore. Elle est vêtue avec élégance, elle voit Bai Hua, elle voit les deux commissaires, elle regarde un magazine mais on sent qu’il ne l’intéresse pas, elle semble hésiter, elle ressort de la boutique. Eduardo et Albertine n’y ont pas vraiment fait attention. Pour l’instant c’est Bai Hua qui les intéresse.

Posté par hodges à 15:12 - Albertine Schwilk - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

24 décembre 2008

Interrogatoire de Bai Hua

Albertine Schwilk regarde autour d’elle. Cette boutique encombrée de revues apparemment chinoises n’offre aucun siège. Elle aurait bien aimé s’asseoir : «Y a-t-il un endroit où nous pourrions discuter, demande-t-elle à Bai Hua» «Parler ici, répond le vieil homme qui ne semble cependant pas très à son aise» «Comme vous voulez dit le commissaire Marga… Connaissez-vous l’association française des études hexagrammatiques?» Le vieillard semble hésiter, réfléchir comme s’il ne comprenait pas vraiment la question, ferme les yeux, les rouvre : «é-tu-dé-xa-gra-ma-tik… peut-être, peut-être connaître…» «Pas peut-être, dit Albertine Schwilk que cette hésitation agace, vous aviez une carte VISA Gold au nom de cette association» «Ah, association…» «Oui, association, vous aviez en 2006 une carte Gold au nom de cette association.» «Oui, peut-être, vieille chose…» «Pas si vieille que ça, dit Marga, trois ans, ce n’est pas une éternité» «Oui, oui, oui, 2006, association, oui, approuve le vieillard hochant la tête comme un ange quêteur de crèche de Noël, oui, oui…» «Nous voulons savoir qui a créé cette association et pourquoi elle a disparu, s’empresse d’ajouter la commissaire Schwilk» «Personne dans l’association, dit Bai Hua, personne venir, moi rester seul alors, inutile…» «Vous n’aviez aucun adhérent?» «Adhérent?…» «Personne n’est venu dans votre association?» «Personne, personne…» «Vous aviez pourtant déposé mille euros sur son compte…» «Mille euros, oui, mille euros, obligé pour ouverture du compte…» «Et vous avez acheté un billet de loterie avec cette carte…» «Peut-être… trop vieille chose, je plus savoir !…» «Ce n’est pas une question insiste Marga, vous avez acheté un billet de loterie de dix euros avec cette carte…» «Peut-être, peut-être…» «Qu’est devenu ce billet?» «Plus me souvenir, trop vieille chose, plus me souvenir…» «Essayez !», insiste Albertine, «c’est très important» Le vieillard ferme les yeux, semble réfléchir. Large sourire, air illuminé : «Oui, oui, vous avoir raison, me souvenir maintenant, billet de loterie, dix euros, oui, dix euros…» «Savez-vous ce qu’il est devenu?» insiste Marga. Le vieillard réfléchit encore, air désolé : «Non, non, pas savoir, billet loterie dix euros, pas savoir… Pas souvenir, perdu peut-être, peut-être perdu…» Les commissaires Marga et Schwilk se regardent : «C’est très important», insiste Albertine ; «Oui, très important», renchérit Marga. Mou désolée, bouche plissée, le vieillard la regarde dans les yeux : «Non, pas me souvenir !…». Marga et Schwilk se regardent encore, sous-entendu «Qu’est-ce qu’on fait maintenant?» Inspiration d’Albertine : «Êtes-vous marié monsieur Bai Hua?» Bai Hua semble étonné par cette question, il marque un court instant d’hésitation : «Non, pas marié… plus marié…» «Vous étiez marié en 2006?» Bai Hua : «Oui, en 2006, oui, marié en 2006…» «Qu’est devenue votre femme?». Ton très triste, mine désolée : «Femme morte…» «Quand?» «Il y a un an… presque un an, femme morte il y a presque un an…» «Auriez-vous un portrait de votre femme», demande Albertine Schwilk. «Pas ici, non, pas ici…» «Où?» Le vieillard hésite encore, réfléchit, puis : «Vous me suivre…»

11 mars 2009

Chinoises

Albertine Schwilk et Eduardo Marga suivent Bai Hua, ils parcourent un sombre couloir interminable encombré de piles de magazines chinois puis débouchent dans une petite pièce éclairée par une fenêtre et une porte fenêtre semblant donner sur une cour intérieure. A l’odeur de nourriture dont des relents traînent dans la pièce, une cuisine, certainement une cuisine bien qu’aucun ustensile culinaire ne témoigne de cet usage. Au centre de la pièce, une table, quelconque, recouverte d’une toile cirée à carreaux et entourée de six chaises en bois noir dont les formes et les sculptures donnent à penser qu’elles ont été importées de Chine. Sous la fenêtre, un autel des ancêtres d’un luxe très impressionnant, mobilier en bois laqué rouge aux sculptures dorées finement ouvragé de motifs de dragons, de paons et d’oiseaux qui pourraient être des phénix, le fond du meuble étant constitué par la peinture d’un guerrier chinois en tenue d’apparent et dont la longue barbe semble comme soufflée par un vent invisible. Devant l’autel deux bougies rouges allumées et quelques photographies posées dans des cadres de verre. Le vieillard se penche, saisit l’une d’entre elles: — Ma femme, dit-il en la tendant à Albertine qui la montre aussitôt à Eduardo Marga. Le portrait montre la photo sépia d’une femme plutôt jeune, moins de trente cinq ans certainement, vêtue d’un vêtement brodé qui semble lourd et matelassé, de soie peut-être bien que l’absence de couler ne permette pas de trancher sur ce point. Son visage est d’un ovale parfait, son nez est très légèrement lourd et sa bouche un peu grande pourtant, sous ses cheveux soigneusement tirés, son visage est attirant. On ne peut pas dire qu’elle soit belle mais elle n’est pas laide non plus, mystérieuse peut-être car manifestant une certaine raideur confirmée d’ailleurs par les bras raides le long du corps et les poings serrés dont l’un s’appuie à une colonne de pierre sur laquelle fume une tasse qui pourrait être de thé. La jeune femme porte une coiffure compliquée, quelque chose qui pourrait être une coiffe de Concarneau si elle n’était en tissu noir et décorée de trois grosses fleurs apparemment blanches. — C’est votre femme, demande le commissaire Marga? — Femme, oui, femme, dit le vieillard en hochant la tête. De quand date cette photo, insiste le commissaire? — Femme jeune, photo vieille. — Quand, insiste Marga? — Trente cinq, quarante ans… peut-être, photo très vieille.
Marga regarde Schwilk: cette photo ne peut leur être d’aucune utilité pour leur enquête… — Vous n’en avez pas de plus récente, demande Albertine? — Récente? — une photo de votre femme plus vieille… — Non, seule photo femme. — Bien dit Albertine résignée, nous n’avons plus qu’à chercher autre chose, autre part peut-être… Tout de même ce billet de loto n’est pas venu tout seul dans la grotte d’Arnette se dit Albertine qui demande : vous n’êtes pas allé vous promener en forêt de Fontainebleau? — Fontainebleau, reprend Bai Hua qui ne semble pas comprendre de quoi il s’agit. — Il faudra quand-même… Albertine s’interrompt, une jeune fille s’approche de la porte fenêtre, apercevant à travers les vitres les deux policiers, elle semble effrayée, étonnée, hésitante puis elle se retourne rapidement, s'en va, disparaît dans un couloir qui s’ouvre de l’autre côté de la cour.

Posté par hodges à 18:25 - Albertine Schwilk - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1