22 octobre 2009
Saniette Gallardon
Le temps du souvenir n’est linéaire que dans les romans
policiers et les mots cachent plus de choses qu'ils n'en révèlent… il n'y a pas
de conditions objectives du récit. Emma Gallardon n’arrivant pas à comprendre
pourquoi le cadavre de sa grand-mère avait été déplacé dans la grotte d’Arnette,
a décidé de mener elle-même sa propre enquête et, pour cela, de fouiller la vie
de sa grand-mère. Des malles abandonnées depuis des années dans le grenier de
la maison familiale lui ont permis de poser quelques premiers jalons.
Saniette Gallardon est né en 1918 dans un quartier admirable de
Constantinople.
Saniette Gallardon et son ami d’alors André Toscano ne voulaient
jamais quitter leur école où ils se tenaient par la main.
N’a pas, dans sa vie, fait pas preuve de beaucoup de volonté,
toute activité semble l’avoir fatiguée.
Il semble qu’ensuite elle ne pouvait vivre sans l'amitié d’une
certaine Monika Jordan comme en témoignait une abondante correspondance
maintenu sur de longues années.
Elle avait éprouvé une réelle admiration pour Dimitri Chostakovitch
— c'est d’ailleurs à un concert consacré à Dimitri Chostakovitch que
Saniette Gallardon rencontra Edward Johnson — et Madame de Charrières;
elle avait rencontré la littérature avec "Mort à crédit". Saniette
Gallardon aimait par dessus tout la peinture et tout spécialement “La main” de
Valerio Adam mais ses passions circulaient de manière imprévisible ; la
manière singulière dont l'amour pouvait torturer son coeur d'espérance n'était
pas pour elle une situation inhabituelle.
Saniette Gallardon, très croyante, ne cessait faire des visites
à l'église romane d'Azinou à Chypre qu'elle fit notamment pour la dernière
fois, un mercredi de 1958.
Saniette Gallardon appréhendait les prévisions.
Sa phrase préférée, qu’elle avait soigneusement calligraphiée
sur de nombreux documents etait : "la vie n'est à personne".
Toute sa vie, Saniette Gallardon avait éprouvé, comme le
prouvait de nombreuses photos portant chacune un nom, pour les chiens.
Un ensemble de photos plus ou moins jaunies montraient à sa
petite fille que sa grand-mère soignait son apparence. Ses traits étaient
réguliers, elle avait une peau d'ambre, le front lisse, des yeux capricieux, un
peu trop grands, une bouche d'une grande sensualité.
Cette première récolte d’informations diverses semblent à Emma intéressants et prometteurs, aussi décide-t-elle qu’elle va mener une recherche plus systématique et organisée. Certes elle manque de méthode mais elle a du temps devant elle et le peu qu’elle a déjà découvert révélant une grand-mère dont la vie était beaucoup plus complexe que ce qu’elle imaginait la persuade d’aller plus loin. Elle va s’atteler à une biographie de Saniette Gallardon.
12 novembre 2009
Emma Gallardon
Un corps mince, élancé, bien qu’il ne soit pas de grande taille,
agile, une mine chafouine. Un petit visage quelconque, plutôt quelconque,
plutôt rond, un visage quelconque d’adolescente, Emma Gallardon, quinze ans et
des poussières. Un visage encore lisse hésitant à sortir de l’enfance, hésitant
entre fille et garçon, peau rose encore androgyne, encore saine, agréable, que
l’on aurait envie de caresser si la minceur excessive des lèvres pourtant bien
dessinées mais ourlant une bouche un peu trop grande et rarement souriante ne
décourageait la caresse. Nez plutôt petit, légèrement relevé à la parisienne,
arête fine, étroite, aigu comme un bec ; cheveux auburn foncé, coupés
courts à la diable dans un désordre plus affecté que recherché, mèches
ébouriffées comme plumage d’oiseau se nettoyant au vent. Seule la mâchoire
inférieure, un peu forte, un tout petit peu forte, laisse deviner une certaine
force de caractère ou, plus exactement peut-être, un désir de ne pas se laisser
faire, s’accrocher avec insistance à ses convictions aussi erronées
puissent-elles être. Des yeux marrons foncés, très foncés, à la limite du noir,
des yeux de pie, de merlette, vifs, vivaces, sans cesse en mouvement mais
refusant pourtant de fixer le regard de quelque interlocuteur que ce soit. Un
oiseau effarouché dont tout indique cependant que, plus qu’un passereau, c’est
rapace qu’il va devenir, que sa timidité, ses inquiétudes, sa fragilité ne sont
que le temps transitoire où se prépare une grande vigueur de caractère. Emma
sait ce qu’elle veut mais n’a pas encore acquis la surface sociale qui lui
permettrait de l’affirmer. Tout dans son environnement familial, amical,
scolaire tend à la maintenir dans cet entre deux incertain qui l’empêche de se
manifester avec toute la force qui se développe en elle. Une image virtuelle
que la vie n’a pas encore révélé.
Dans ses tenues, rien non plus qui permette de soupçonner ce
qu’elle est capable de devenir, aucune originalité, une adolescente
quelconque : jeans de supermarché, Converse achetées en solde sur les
marchés, tee-shirts divers aux slogans quelconques, pulls de coton, blousons sans
marques chinés chez les soldeurs. Il semble que son idéal soit de passer
inaperçu, que, dans son lycée personne ne la remarque. Elle s’arrange
d’ailleurs pour être une élève plutôt moyenne : jamais vraiment en défaut,
jamais en évidence. Sa scolarité se déroule de façon paisible, quelconque. Elle
a des amies, elle a des amis, plutôt des copains ou des camarades. Encore
aucune liaison suivie, aucun amour adolescent car, autour d’elle, tous lui
semblent plutôt indifférents et jamais elle ne parle de ses journées car elle
pense n’avoir rien à en dire. Elle est comme en attente aussi personne ne
semble la remarquer. Elle traverse la vie comme un long tunnel dont elle
perçoit l’issue sans parvenir à imaginer quand elle pourra l’atteindre.
Seule son obsession à s’entourer de noir — vernis à ongles, bijoux de fantaisie, brosse à dents, accessoires divers, crayons, cahiers, photos, affiches, vêtements… jusqu’à ses draps de lit — est susceptible de susciter quelque soupçon.