30 septembre 2006
Qui est la morte?
L’enquête de routine commença: aucune
disparition de vieille dame n’ayant été signalée et aucune identité
n’ayant été trouvée par les gendarmes sur les lieux du crime, ni dans
les vêtements de la vielle dame, il fallut en passer par les procédures
habituelles. Publier dans la presse locale une photo du visage de la
morte n’était pas pensable, son état ne le permettait pas qui aurait
transformé la page de presse en document de film d’horreur… Il fut donc
décidé de ne publier que ce qui était publiable et qui pouvait,
néanmoins, permettre de recueillir des indices. La République de
Seine-et-Marne et les éditions locales du Parisien publièrent donc en
une sous des titres proches: «Connaissez-vous l’étrange morte de la
grotte d’Arnette» et «Qui est la morte de l’hippodrome?», la
description suivante:
«le cadavre est celui d’une vieille dame
dont l’âge devait se situer entre soixante-dix et soixante-quinze ans,
plutôt petite (1 m 58), vêtue d’une chemiser de dentelle blanche et
d’un tailleur noir de qualité assez modeste, portant un dentier. Sans
autre signe particulier. Divers indices laissent à penser que la mort
remonterait à une quinzaine de jours. Toute personne susceptible de
signaler une disparition est prié de s’adresser à la gendarmerie ou au
commissariat le plus proche».
Deux photos montraient, l’une le
médaillon en or en forme de cœur qui, lorsque l’on l’ouvrait, contenait
une mèche de cheveu et l’autre une alliance également en or mais plutôt
ordinaire dont l’article précisait qu’elle portait gravée sur sa face
intérieure le prénom «Adrien».
Les investigations sur le lieu de la découverte n’ayant livré aucune information intéressante, il ne restait plus qu’à attendre.
01 octobre 2006
Peu d'indices
Quelques jours plus tard, le médecin légiste rendait ses conclusions: le commandant de gendarmerie appela Albertine Mollet alors qu’elle était en train, en ce jour de la Saint Valentin de consulter le site des poèmes de Jean-Pierre Balpe pour voir ce qu’il écrivait sur l’amour. Ça tombait mal mais la vie ne fait que rarement preuve de délicatesse. Le commandant —il s’appelait Lucien Delsoussol et aimait à faire croire que c’était un patronyme aristocratique— lui dit: «Je vous fais parvenir les conclusions du légiste. bien sûr c’est nous qui menons l’enquête mais au cas où elles vous donneraient quelques pistes…» «Bien sûr, je vous en ferais part…» «Merci. Je vais à l’essentiel: la vieille dame n’est pas morte sur place. D’après le légiste, elle est morte depuis plus de quinze jours et n’aurait séjourné dans la grotte que deux ou trois jours.» «On l’a transportée là?» «Je ne vois pas d’autre explication…» «Ça n’a pas dû être facile…» «En effet, il faut une certaine force: un homme costaud ou plusieurs individus… ou alors un 4x4 qui aurait traversé la forêt mais nous aurions trouvé des traces autour de la grotte. Enfin, je crois…» «Aucun autre indice?» «Rien de bien sérieux. On a relevé sur son vêtement des terres de diverses origines comme si elle avait d’abord été allongée sur un autre terrain. La grotte a un sol de sable de gré or il y aurait de l’argile…» «la cause de la mort?» «Le légiste n’a rien relevé de suspect… Comme si cette personne étant morte de mort naturelle quelqu’un avait cherché à s’en débarrasser.» «Ce ne serait pas un crime?» «Pour l’instant rien ne le montre… Je vous tiens au courant si j’ai du nouveau mais… ne nous oubliez pas…» «N’ayez crainte!»
Delsoussol avait raccroché. Albertine resta perplexe. Encore une petite affaire pensa-t-elle, pas de quoi remuer un commissariat. Le mieux est d’attendre et de voir venir. Elle retourna à sa recherche de poèmes, découvrir ceux de Marc Hodges à Gilberte et se dit que, pour la Saint Valentin, ils étaient un peu lestes.