Il a monté les étages le plus discrètement possible, est arrivé devant la porte de l’appartement où Jake Cline discute avec sa famille chinoise, a vérifié sur une feuille de papier qu’il ne s’est pas trompé : c’est bien le bon étage, la bonne porte même si elle ne porte aucun nom. Il est silencieux, respire à peine, écoute. À l’intérieur, des voix : hommes, femmes… Il écoute attentivement, colle son oreille droite à la porte : pas de doute, deux hommes, deux femmes. Il ne s’attendait pas à ce qu’il y ait tant de monde. Sa mission ne lui fixait que deux cibles, deux hommes, un jeune de type occidental, un vieux chinois. De la poche intérieure de sa veste, il sort un plan et deux photos. Il ne sait pas que le jeune s’appelle Jake Cline, ni que le vieux se fait appeler oncle Ho ; il n’en a rien à faire et moins il en sait, mieux ça vaut. Il examine la porte, constate qu’elle n’est fermée que par une serrure ordinaire et un petit verrou de sûreté. D’après le plan, il estime que les voix proviennent du salon qui se trouve au bout d’un petit couloir. Avec une prudence féline, il fait jouer la poignée de la porte de façon à ce que celle-ci soit à peine ouverte. Il sort de son sac son automatique 9 mm Kimar PK4, fixe un silencieux, ferme les yeux, respire profondément, secoue latéralement ses bras pour préparer ses muscles puis d’un coup d’épaule ouvre brutalement la porte qui claque sur le mur, traverse le couloir en trombe. Les occupants de l’appartement, comme stupéfaits par le vacarme de la porte n’ont eu aucune réaction. Ils sont assis autour d’une table sur laquelle se trouve une théière rouge et des petits bols à thé de la même couleur. Gilbert de Clérences n’hésite pas une seconde, il tire, abat le vieil homme d’une balle entre les deux yeux, puis Jake Cline avant qu’il ait fini de se lever. Les femmes hurlent. Il hésite à peine, abat la vieille femme qui essayait de s’enfuir dans le couloir. La jeune ne peut pas s’enfuir, assise du côté de la fenêtre, elle est paralysée de frayeur, hurle. Pas de sentiments, pas de temps à perdre, pas de risques inutiles, il l’abat à son tour. Le massacre n’a duré que quelques secondes, bien qu’habitué à la fragilité humaine, Gilbert de Clérences ne peut s’empêcher de pense que la vie, ce phénomène si complexe, si riche de possibilités, est tout de même peu de choses. Il range son arme dans son sac, repart, s’étonne que les cris des femmes n’aient pas alerté des voisins puis pense que, dans ce quartier populaire chacun reste chez soi et prend bien soin de ne pas se soucier des autres. Il enlève la clef qui était du côté intérieur de la porte, ferme soigneusement à clef, descend par les escaliers. Dehors le soleil est éblouissant, de nombreux enfants crient et jouent dans le square, une multitude de pigeons volent, se posent, s’envolent, se reposent: tout continue. Il jette la clef dans une des poubelles publiques.

Quelques centaines de mètres plus loin, il prend un taxi : — Aéroport Charles de Gaule, terminal 2C. Le taxi démarre…