10 octobre 2009
Théo se réveille
Théo Cottard revient à l’existence, lentement, quelque chose
se passe dans son cerveau dont il a conscience, des images, des mots qui
s’enchevêtrent, s’emmêlent, des couleurs, des sons, des événements mais il est
encore à la limite de l’inconscient et cette activité cérébrale reste très en
deçà de la parole ou de ce qui pourrait constituer comme un souvenir, il
perçoit des personnages, des visages, des images qui pourraient être des
visages mais il ne saurait pas mettre de noms sur eux, ni même penser que ce
sont des visages, ce sont des visages, des mots, des impressions, des scènes
aussi ou plutôt des mouvements, de vagues impressions de mouvement. Une tête
s’approche de lui, deux yeux le regardent, s’approchent, le regardent,
s’évanouissent dans quelque chose qui pourrait être un nuage, mais il ne sait
pas ce qu’est un nuage, il ne sait pas que ce sont des yeux ni à qui sont les
yeux mais ce sont des yeux. Il y a aussi une bouche, c’est ainsi que son cerveau
caractérise cette forme mobile, un peu humide, entre le rose et le rouge, il a
l’intuition que c’est du rose ou du rouge, une couleur, il n’a pas conscience
que c’est une couleur mais sait que c’est une couleur. Savoir n’est d’ailleurs
pas le terme juste car s’il est en état de percevoir ces formes floues molles,
ces couleurs instables, ces sons mouvants, il n’est ni en état d’en avoir
conscience ni dans celui de pouvoir les retenir, les fixer — ne serait-ce
qu’un bref instant — pour leur donner une signification. Il est en deçà de
la signification, il capte des données comme une machine mais n’est pas en
mesure de leur donner une cohérence logique, il est beaucoup plus dominé par
ces sensations qu’il ne les maîtrise. Il n’en gardera aucun souvenir. Pourtant
elles le tirent de l’état d’absence absolue où il se trouvait pour pénétrer
dans celui intermédiaire et un peu douloureux ou il perçoit qu’il recommence à
être. La vie reprend sa place en lui avec tout un cortège encore bien faible de
connaissances, d’intuitions, de sensations, de douleur, d’espoir, d’effroi,
d’attente et d’incertitude. Quelque chose en lui sait que c’est la vie, sa
vie ; qu’il avait quitté quelques temps ce territoire pour un lieu de
repos, de retrait, d’absence, un lieu paisible où rien jamais n’avait lieu, où
la question même d’avoir lieu ne se posait pas… où ne se posait aucune question
ni d’ailleurs aucune réponse. Et ce n’est que parce que cette vie s’efforce
péniblement à ouvrir un chemin dans le brouillard de son cerveau qu’il sent
maintenant qu’il s’en était éloigné. Et son corps résiste, une partie de lui se
bat contre l’attrait de cette absence alors qu’une autre, inexplicablement,
désire s’en échapper définitivement mais il n’a pas conscience de cela il n’est,
à ce moment là, que sensations incertaines, floues, immédiates. La bouche
revient, s’approche, s’ouvre, se ferme, elle émet des sons mais il ne saurait
dire ce que représentent ces sons, ni s’ils représentent quelque chose, il ne
sait pas, ne ressent pas, ce qu’est une représentation. Un son répété lui
parvient, quelque chose comme « téo… téo… ». il n’en est pas certain
car il n’a aucune notion de certitude. Pourtant il a la vague impression que ce
son le concerne. Il ne sait pas pourquoi. Il ne sait pas.
13 octobre 2009
Où intervient Octaviano Valdes
Becky-Cindy et Octaviano ont parlé presque toute la nuit. Le reste du temps ils ont fait l’amour, ce qui est somme toute une bonne façon de se libérer de ses angoisses et de faire chuter la tension nerveuse. Octaviano est un excellent mari-amant et Becky retrouve dans ses bras toute sa tranquillité et sa confiance. Ils parlent, envisagent la situation sous tous les angles. Octaviano lui dit de laisser tomber, qu’un meurtre est une affaire trop sérieuse, qu’elle ne peut pas garder cela pour elle, qu’elle doit d’abord à Parler à son client puis, quoi que celui-ci dise, à la police. Becky résiste ; jusque là elle ne s’est occupée que d’affaires minables : petits rackets entre lycéens, maris trompés, femmes trompées, faux mariages, recherche d’enfants enlevés par un conjoint, bigamie non officielle, extorsion de faux, impayés, recherche de locataires indélicats… Tout ceci l’a amusée un temps mais ça ne dure qu’un temps. Au fond, elle aimerait bien s’occuper de quelque chose d’un peu plus sérieux et ce crime la tente. Bien sûr elle est divisée, hésite entre son devoir professionnel et sa conscience citoyenne mais quand même… si elle arrivait à avancer un peu plus dans la solution — en retrouvant par exemple le punk gothique — elle pourrait mieux aider à la fois son client et la justice… Octaviano n’est pas très chaud. Il craint qu’elle ne se laisse embarquer dans quelque chose de trop gros pour elle. Elle pense qu’elle pourrait être à la hauteur. Il n’en doute pas, mais quand même, comment peut-elle être sûre qu’elle n’a pas affaire à une bande organisée ? Pour ne pas hésiter à tuer, il faut être plus qu’un petit dealer de banlieue, ce mec a sûrement des appuis, des complices… Ce serait génial si elle arrivait à faire démanteler un réseau. Faut pas rêver, dit Octaviano, faut pas rêver, tu n’en es pas encore là mais… c’est quand même très dangereux. Elle a appris à être prudente, elle est presque sûre qu’elle pourra se débrouiller toute seule. Ils s’embrassent encore. Un temps de silence, ils sont nus sur le lit, détendus, il lui caresse les cheveux, ses mains à elle s’égarent vers son sexe, le caressent doucement, il bande, ils s’embrassent. Leur désir revient, ils font l’amour une fois encore, reprennent leur discussion : je peux t’aider, dit-il… Si tu veux ! Comment ? Si tu me décris ton punk gothique je peux en faire un portrait robot… C’est une idée, dit-elle, mais pour quoi faire, si je le donne à la police, l’affaire m’échappe… Tu ne le donnes pas à la police. Et alors, à quoi il sert ? Nous avons beaucoup d’amis et je sais que certains d’entre eux fument régulièrement du hasch, il y a des chances pour que l’un ou l’autre connaisse ton punk… au moins s’il deale dans le coin, ce qui semble être le cas. Temps de réflexion, Becky pose sa tête sur la poitrine encore suante d’Octaviano qui la serre dans ses bras. Ils sont peau à peau. Elle réfléchit encore, il ne dit rien, lui laisse le temps de prendre sa décison. D’accord dit-elle, au bout de quelques minutes, d’accord, faisons ce portrait robot. On s’y met dès qu’on s’éveille dit Octaviano. Non, tout de suite, réplique Becky… Hésitations. Je suis un peu fatigué maintenant dit-il en l’embrassant à nouveau. C’est une bonne fatigue répond Becky souriante. Une bonne fatigue est quand même une fatigue, déclare Octaviano. Tu as raison, de toutes façons ce n’est pas si urgent, on dort puis on se met au travail. Il se couche sur son côté droit, elle vient s’incruster contre lui, éteint la lumière.
15 octobre 2009
Rango se débrouille
Difficile de faire une vingtaine de kilomètres avec des
chaussures de cycliste. La professionnelle a bien proposé de rapprocher Rango
de chez lui dès qu’elle aurait fini sa journée mais outre qu’il ne se voyait
pas attendre quelques heures à contempler les ébats tarifiés, Rango ne tenait
pas à être vu en sa compagnie. La ville est petite, tout le monde connaît tout
le monde et des âmes bien intentionnées n’auraient pas tarder à faire
discrètement savoir à sa femme avec qui il avait été vu. Et avec cette histoire
stupide de clef USB, Rango ne tient pas à aggraver la situation, sa commissaire
de femme n’est pas des plus humoristiques. Elle n’aurait pas compris. Tout ce
qu’il a pu faire c’est de se déchausser, avancer à pied de quelques centaines
de mètres sur la route départementale puis faire de l’autostop. Sa tenue lui a
facilité les choses, une voiture — BMW noire, série 330, coupé, moteur
diesel à injection, quatre
cylindres en ligne — s’arrête. Le conducteur, style homme d’affaire
moderne, chemise blanche, col ouvert, petites lunettes fumées, sourire
éclatant : — Qu’est-ce qui vous arrive ? Rango : une histoire
stupide, je me suis arrêté pour pisser et on m’a fauché mon vélo… — Ça alors,
j’aurais jamais pensé qu’une chose pareille puisse arriver. Je suis cycliste
moi aussi et je ne me méfie jamais. C’était quoi comme vélo ? — Un cube
Agree GTC pro compact… — Pas mal comme bécane, moi j’ai un Scott Team Issue. Il
démarre. Et vous avez vu votre voleur ? De loin. Il semblait jeune, sa
silhouette était jeune, une coiffure bizarre, des cheveux rouges qui faisaient
comme une crête. — Facile à repérer donc. Il y a longtemps qu’il vous a
volé ? — Une demi-heure peut-être… — Inutile d’essayer de le rattraper. Je
vous aurais bien aidé mais j’ai un rendez-vous assez important. Vous allez
où ? — J’habite Fontainebleau. — C’est là où je vais, mais où plus
précisément ? — Près de la gare… — Ce n’est pas mon chemin mais je vais
vous y déposer, je ne peux pas vous laisser comme ça en pleine ville. — C’est
gentil ! — Entre cyclistes, si on ne s’aide pas, qui le fera ! Vous
faites souvent du vélo ? — Dès que je peux… — Moi aussi, mais je ne peux
pas souvent. Et… vous faites quelle distance ? — Ça dépend des jours, 100
– 150… — Pas mal ? Et votre moyenne ? — 32-35… — Vous êtes un peu
plus fort que moi. Vous êtes dans un club ? —Non, je n’aime pas les
groupes, je préfère partir en solitaire. — Avec un groupe c’est plus sûr !
— peut-être. La pseudo conversation continue ainsi. Ils arrivent près de la
gare de Moret-sur-Loing. Sur le bord de la route un vélo abandonné. — C’est mon
vélo, crie Rango ! Vous pouvez me laisser là ? — Bien sûr. L’homme
arrête la BMW, Rango court vers son vélo : — Oui, c’est bien le mien ;
Je vais rentrer en vélo, merci… — Pas de quoi. L’homme tend une carte : c’est
ma carte… Si vous avez envie que nous fassions ensemble une ballade un de ces
jours, n’hésitez pas ! — Pourquoi pas, ce serait avec plaisir ! —
Appelez-moi.
La BMW repart en trombe. Rango regarde la carte : Docteur Jérôme Cottard, psychanaliste,
la glisse dans la poche arrière de son maillot de cycliste, enfourche sa bécane
mais ne part pas. Il hésite : son voleur est certainement venu prendre le
train, il peut donc voir les horaires des derniers départs. Se renseigner. Il
attache son vélo à la grille de la gare.
16 octobre 2009
Le passager du vol AF 1984
Sans incidents. Son vol s’est déroulé sans incidents. Il n’aime
pas prendre l’avion, a toujours une certaine appréhension, craint qu’il ne se
passe quelque chose, ne sait quoi, mais quelque chose. Pourtant il ne se passe
jamais rien. Une fois seulement l’affolement d’un passager britannique qui,
entendant les frincements des verrins des volets, a fait une crise d’hystérie
interdisant le décollage, obligeant le commandant à revenir à l’aéroport pour
le faire débarquer alors que l’appareil était déjà en route sur la piste
d’approche. Il est vrai qu’ils avaient dû attendre trois heures sans
explication regardant par les fenêtres de l’aéroport des mécaniciens s’affairer
sur l’avion qui leur était destiné. L’énervement était général. C’est tout, il
n’a jamais connu d’autres incidents, pourtant il voyage beaucoup. Sans arriver à
se défaire de cette appréhension stupide qui lui serre le ventre avant chaque
embarquement, l’oblige à aller se vider dans les toilettes de n’importe quel aéroport
du monde. Peu importe, il n’a pas le choix. Il est arrivé à Paris sans problèmes.
Il sait maintenant ce qu’il a à faire. La routine. Un nom, une
photo, une adresse, du sang froid et de la discrétion, beaucoup de discrétion.
C’est un professionnel : il sait se faire oublier, se rendre invisible. Il
a retenu une chambre dans un petit hôtel médiocre du centre de Paris : le
chariot d’or. Il a donné un nom choisi comme d’habitude au hasard en faisant
une demande quelconque sur Internet. Cette fois-ci, c’était « le sens de
la vie », est tombé sur Gilbert de Clérences, a adopté Gilbert de Clérences,
s’est fait faire des papiers au nom de Gilbert de Clérences (double nationalité
anglo-française), est Gilbert de Clérences, a inventé la vie de Gilbert de Clérences :
né en 1958 (seul fait à peu près exact) à Bristol, propriétaire d’une villa — Terra
Madre (nom pris au hasard dans l’annuaire
de la ville) — à Hossegor, ami de Linda Chavez, de Juan Rulfo, Richard
Stephenson et de Pamela Machado, ayant, dans sa jeunesse, été un temps marin,
dans l’espoir de devenir commandant de navire puis, ayant rencontré Atena
Kasper, en étant tombé amoureux, l’ayant suivie au Vénézuela, puis en Colombie
où elle disparut mystérieusement sans rien lui dire, ayant d’abord un peu
traficoté dans la cocaïne (part de son existence la plus trouble) s’étant lancé
dans le café, puis dans le commerce équitable, venu à Paris pour affaires. Il
parle donc français, anglais, espagnol. En réalité il parle aussi allemand,
russe et turc mais pas Gilbert de Clérences. Ce qui est parfois bien pratique
pour écouter des conversations alors que ceux qui les tiennent pensent que vous
ne les comprenez pas. Il a une grande facilité pour les langues. Son personnage
est donc d’une famille aristocratique ruinée originaire du Poitou mais dont un
rejeton (son père) se serait exilé à Bristol pour suivre une roturière ce qui
lui a valu d’être déshérité par son père le marquis de… qui ne pouvait accepter
une telle mésalliance.
Il aime bien cette partie de son travail : imaginer des vies possibles puis les rendre crédibles en fouillant sur internet des documents de tous types. Ainsi il peut prétendre qu’il y a toujours eu chez les De Clérences des Gilbert en hommage à un de leurs ancêtres célèbre… Pour le reste, au besoin, il sait improviser. Ce n’est pas l’imagination qui lui manque.
19 octobre 2009
Inventaire du passager du vol AF 1784
Le soi-disant Gilbert de Clérences s’installe dans la chambre 33
(où l’on apprend ainsi incidemment qu’il est superstitieux et réserve toujours
des chambres dont le numéro est symbolique, 33 est ainsi le nombre qu’il
préfère car résultat de la multiplication de 3 et de 11, l’argent et la
mort ; mais il peut aussi accepter tout aussi bien une combinaison de 8 et
de 9, mais jamais une chambre dont le numéro se termine par 0). Elle donne sur
la rue de Turbigo ce qui, en soi, n’a pas grande importance même si, comme le
lecteur a pu s’en apercevoir d’ici de là dans ce roman à intrigues, les détails
les plus insignifiants peuvent parfois jouer un grand rôle.
Comme à son habitude il se fait le plus discret possible
s’adressant aimablement au portier mais sans plus, ne s’attardant pas à lui
parler de la météo ou à lui demander des renseignements divers, traversant
rapidement le salon vieillot, montant rapidement — mais sans
précipitation — s’enfermer, au troisième, dans sa chambre où, avec sa
méticulosité habituelle, il s’installe.
Il examine d’abord les lieux. La chambre est assez petite :
un lit double, un bureau au plateau recouvert d’une plaque de verre, une
armoire à deux battants avec d’un côté trois tiroirs, de l’autre une penderie,
des murs beiges, une fenêtre assez grande donnant sur un petit balcon (il note
qu’il est assez facile de passer de son balcon à l’un de ceux des chambres
mitoyennes) et pouvant être obturée par des rideaux doubles, le plus proche de
la fenêtre en feutrine noire, le plus proche de l’intérieur dans un coton
imprimé en couleurs fades de motifs géométriques sans aucun intérêt. Une
minuscule salle de toilette, lavabo, douche avec une fenêtre assez petite mais
permettant toutefois le passage d’un homme donnant sur le puits d’une minuscule
cour intérieure. Des tuyauteries permettraient cependant la descente ou la
montée.
Ensuite il vide sa valise. Dans la penderie, il range ainsi un
costume Boss noir, un jean Diesel délavé, une paire de chaussures Greenstone.
Dans le premier tiroir : trois chemises Bexley, une Oxford bleu pâle à
rayures larges, une vermont pinpoint bleu à fines rayures, une vermont Oxford
gris soutenu. Dans le deuxième tiroir un pull camionneur cachemire zippé rouge
velours Armani et un pistolet automatique 9 mm Kimar PK4. Dans le troisième
tiroir une petite mallette en plastique noir sur laquelle on peut lire en
lettres rouges Grünig & Elmiger. Dans le tiroir du bureau, il dépose des
feuilles de papier à lettres, toutes à l’en tête d’hôtels différents :
Best western park hotel Siegen, Mercure Nogentel, Hôtel Laguna Zagreb, Hôtel
Turo de Vilana Barcelona, Hôtel Continental Venezia, Hôtel Cyprus Lefkosia,
Jolly Hotel Salerno, Windsor Hotel Excelsior Copacabana, Hyatt Regency Paris,
The lancaster Hotel London, Tiflis Palace Tbilisi, Hôtel villa Fontaine Tokyo, Kanazawa Excel Hotel avec leurs enveloppes correspondantes.
Ceci fait, il vérifie le fonctionnement du téléphone puis
compose un numéro.
22 octobre 2009
Saniette Gallardon
Le temps du souvenir n’est linéaire que dans les romans
policiers et les mots cachent plus de choses qu'ils n'en révèlent… il n'y a pas
de conditions objectives du récit. Emma Gallardon n’arrivant pas à comprendre
pourquoi le cadavre de sa grand-mère avait été déplacé dans la grotte d’Arnette,
a décidé de mener elle-même sa propre enquête et, pour cela, de fouiller la vie
de sa grand-mère. Des malles abandonnées depuis des années dans le grenier de
la maison familiale lui ont permis de poser quelques premiers jalons.
Saniette Gallardon est né en 1918 dans un quartier admirable de
Constantinople.
Saniette Gallardon et son ami d’alors André Toscano ne voulaient
jamais quitter leur école où ils se tenaient par la main.
N’a pas, dans sa vie, fait pas preuve de beaucoup de volonté,
toute activité semble l’avoir fatiguée.
Il semble qu’ensuite elle ne pouvait vivre sans l'amitié d’une
certaine Monika Jordan comme en témoignait une abondante correspondance
maintenu sur de longues années.
Elle avait éprouvé une réelle admiration pour Dimitri Chostakovitch
— c'est d’ailleurs à un concert consacré à Dimitri Chostakovitch que
Saniette Gallardon rencontra Edward Johnson — et Madame de Charrières;
elle avait rencontré la littérature avec "Mort à crédit". Saniette
Gallardon aimait par dessus tout la peinture et tout spécialement “La main” de
Valerio Adam mais ses passions circulaient de manière imprévisible ; la
manière singulière dont l'amour pouvait torturer son coeur d'espérance n'était
pas pour elle une situation inhabituelle.
Saniette Gallardon, très croyante, ne cessait faire des visites
à l'église romane d'Azinou à Chypre qu'elle fit notamment pour la dernière
fois, un mercredi de 1958.
Saniette Gallardon appréhendait les prévisions.
Sa phrase préférée, qu’elle avait soigneusement calligraphiée
sur de nombreux documents etait : "la vie n'est à personne".
Toute sa vie, Saniette Gallardon avait éprouvé, comme le
prouvait de nombreuses photos portant chacune un nom, pour les chiens.
Un ensemble de photos plus ou moins jaunies montraient à sa
petite fille que sa grand-mère soignait son apparence. Ses traits étaient
réguliers, elle avait une peau d'ambre, le front lisse, des yeux capricieux, un
peu trop grands, une bouche d'une grande sensualité.
Cette première récolte d’informations diverses semblent à Emma intéressants et prometteurs, aussi décide-t-elle qu’elle va mener une recherche plus systématique et organisée. Certes elle manque de méthode mais elle a du temps devant elle et le peu qu’elle a déjà découvert révélant une grand-mère dont la vie était beaucoup plus complexe que ce qu’elle imaginait la persuade d’aller plus loin. Elle va s’atteler à une biographie de Saniette Gallardon.