Becky-Cindy et Octaviano ont parlé presque toute la nuit. Le reste du temps ils ont fait l’amour, ce qui est somme toute une bonne façon de se libérer de ses angoisses et de faire chuter la tension nerveuse. Octaviano est un excellent mari-amant et Becky retrouve dans ses bras toute sa tranquillité et sa confiance. Ils parlent, envisagent la situation sous tous les angles. Octaviano lui dit de laisser tomber, qu’un meurtre est une affaire trop sérieuse, qu’elle ne peut pas garder cela pour elle, qu’elle doit d’abord à Parler à son client puis, quoi que celui-ci dise, à la police. Becky résiste ; jusque là elle ne s’est occupée que d’affaires minables : petits rackets entre lycéens, maris trompés, femmes trompées, faux mariages, recherche d’enfants enlevés par un conjoint, bigamie non officielle, extorsion de faux, impayés, recherche de locataires indélicats… Tout ceci l’a amusée un temps mais ça ne dure qu’un temps. Au fond, elle aimerait bien s’occuper de quelque chose d’un peu plus sérieux et ce crime la tente. Bien sûr elle est divisée, hésite entre son devoir professionnel et sa conscience citoyenne mais quand même… si elle arrivait à avancer un peu plus dans la solution — en retrouvant par exemple le punk gothique — elle pourrait mieux aider à la fois son client et la justice… Octaviano n’est pas très chaud. Il craint qu’elle ne se laisse embarquer dans quelque chose de trop gros pour elle. Elle pense qu’elle pourrait être à la hauteur. Il n’en doute pas, mais quand même, comment peut-elle être sûre qu’elle n’a pas affaire à une bande organisée ? Pour ne pas hésiter à tuer, il faut être plus qu’un petit dealer de banlieue, ce mec a sûrement des appuis, des complices… Ce serait génial si elle arrivait à faire démanteler un réseau. Faut pas rêver, dit Octaviano, faut pas rêver, tu n’en es pas encore là mais… c’est quand même très dangereux. Elle a appris à être prudente, elle est presque sûre qu’elle pourra se débrouiller toute seule. Ils s’embrassent encore. Un temps de silence, ils sont nus sur le lit, détendus, il lui caresse les cheveux, ses mains à elle s’égarent vers son sexe, le caressent doucement, il bande, ils s’embrassent. Leur désir revient, ils font l’amour une fois encore, reprennent leur discussion : je peux t’aider, dit-il… Si tu veux ! Comment ? Si tu me décris ton punk gothique je peux en faire un portrait robot… C’est une idée, dit-elle, mais pour quoi faire, si je le donne à la police, l’affaire m’échappe… Tu ne le donnes pas à la police. Et alors, à quoi il sert ? Nous avons beaucoup d’amis et je sais que certains d’entre eux fument régulièrement du hasch, il y a des chances pour que l’un ou l’autre connaisse ton punk… au moins s’il deale dans le coin, ce qui semble être le cas. Temps de réflexion, Becky pose sa tête sur la poitrine encore suante d’Octaviano qui la serre dans ses bras. Ils sont peau à peau. Elle réfléchit encore, il ne dit rien, lui laisse le temps de prendre sa décison. D’accord dit-elle, au bout de quelques minutes, d’accord, faisons ce portrait robot. On s’y met dès qu’on s’éveille dit Octaviano. Non, tout de suite, réplique Becky… Hésitations. Je suis un peu fatigué maintenant dit-il en l’embrassant à nouveau. C’est une bonne fatigue répond Becky souriante. Une bonne fatigue est quand même une fatigue, déclare Octaviano. Tu as raison, de toutes façons ce n’est pas si urgent, on dort puis on se met au travail. Il se couche sur son côté droit, elle vient s’incruster contre lui, éteint la lumière.