La commissaire, qui avait peut-être trop lu Arthur Conan Doyle, secoue sa tête et dit: —Le procédé n’est pas très régulier, mais tout est si irrégulier dans cette affaire!… Je crois donc pouvoir fermer les yeux là-dessus. Débrouillez-vous pour obtenir le plus de renseignements possibles et pour être présente dès que le jeune homme se réveillera. Je compte sur vous. Il faut que le coupable soit remis entre nos mains et que nous puissions l’interroger le plus vite possible. — Certainement, rien de plus facile, répond Évelyne qui veut faire preuve d’assurance et de professionnalisme. Je désirerais en effet moi-même avoir quelques renseignements de la bouche même de ce Théo Cottard. Vous savez comme j’aime à pénétrer les moindres détails des affaires dont je m’occupe… La commissaire regarde fixement Évelyne, se demande ce qui lui prend de parler ainsi car, à sa connaissance, elle n’a guère jusque là fait que mettre des contraventions, ramasser quelques poivrots dans les rues de la ville ou assuré la permanence au commissariat. Cette soudaine prétention l’intrigue cependant elle décide de ne pas interrompre l’agent Puget qui continue: — Voyez-vous donc quelque inconvénient à ce que, en dehors de tout interrogatoire officiel, j’aie, à l’hôpital, dès que possible, une conversation avec Théo Cottard, qui, de toutes façons est toujours sous bonne garde. — Mon Dieu, s’entend dire la commissaire comme si elle jouait une scène de film policier (elle ne sait pas pourquoi lui vient en mémoire un d’entre eux intitulé « Le signe des quatre », un Sherlock Holmes, avec Matt Frewer et Kenneth Welsh qu’elle avait vu, à ses dernières vacances, dans la maison de campagne bourguignonne du son beau-père, vous contrôlez la situation. D’ailleurs rien ne prouve encore que ce garçon soit mêlé à ce meurtre, encore moins qu’il en soit le coupable. Soyez donc prudente… cependant si cela doit permettre de faire avancer l’enquête, je ne vois pas pourquoi je vous refuserais de l’interroger dès que vous le pourrez. — Alors tout est clair? — Parfaitement. Voulez-vous encore me demander quelque chose? — Non je vous remercie…

Évelyne quitte le bureau de la commissaire. Il est l’heure d’aller manger et elle a un solide appétit. Avant de retourner à l’hôpital et pour fêter ce qu’elle considère comme une promotion intellectuelle, elle se propose d’aller dévorer un super-big-hamburger avec une double portion de frites. Ce n’est pas elle, en effet, qui mangerait des huîtres arrosées de vin blanc et des grouses à la broche. Évelyne a des goût simples.

Évelyne sortie, la commissaire reste rêveuse, elle se demande ce qui a bien pu se produire pour que sa subordonnée acquière soudain assez d’assurance pour solliciter un entretien dans son bureau et lui faire ce genre de propositions. Elle se propose de creuser la question.