Albertine Schwilk et Eduardo Marga suivent Bai Hua, ils parcourent un sombre couloir interminable encombré de piles de magazines chinois puis débouchent dans une petite pièce éclairée par une fenêtre et une porte fenêtre semblant donner sur une cour intérieure. A l’odeur de nourriture dont des relents traînent dans la pièce, une cuisine, certainement une cuisine bien qu’aucun ustensile culinaire ne témoigne de cet usage. Au centre de la pièce, une table, quelconque, recouverte d’une toile cirée à carreaux et entourée de six chaises en bois noir dont les formes et les sculptures donnent à penser qu’elles ont été importées de Chine. Sous la fenêtre, un autel des ancêtres d’un luxe très impressionnant, mobilier en bois laqué rouge aux sculptures dorées finement ouvragé de motifs de dragons, de paons et d’oiseaux qui pourraient être des phénix, le fond du meuble étant constitué par la peinture d’un guerrier chinois en tenue d’apparent et dont la longue barbe semble comme soufflée par un vent invisible. Devant l’autel deux bougies rouges allumées et quelques photographies posées dans des cadres de verre. Le vieillard se penche, saisit l’une d’entre elles: — Ma femme, dit-il en la tendant à Albertine qui la montre aussitôt à Eduardo Marga. Le portrait montre la photo sépia d’une femme plutôt jeune, moins de trente cinq ans certainement, vêtue d’un vêtement brodé qui semble lourd et matelassé, de soie peut-être bien que l’absence de couler ne permette pas de trancher sur ce point. Son visage est d’un ovale parfait, son nez est très légèrement lourd et sa bouche un peu grande pourtant, sous ses cheveux soigneusement tirés, son visage est attirant. On ne peut pas dire qu’elle soit belle mais elle n’est pas laide non plus, mystérieuse peut-être car manifestant une certaine raideur confirmée d’ailleurs par les bras raides le long du corps et les poings serrés dont l’un s’appuie à une colonne de pierre sur laquelle fume une tasse qui pourrait être de thé. La jeune femme porte une coiffure compliquée, quelque chose qui pourrait être une coiffe de Concarneau si elle n’était en tissu noir et décorée de trois grosses fleurs apparemment blanches. — C’est votre femme, demande le commissaire Marga? — Femme, oui, femme, dit le vieillard en hochant la tête. De quand date cette photo, insiste le commissaire? — Femme jeune, photo vieille. — Quand, insiste Marga? — Trente cinq, quarante ans… peut-être, photo très vieille.
Marga regarde Schwilk: cette photo ne peut leur être d’aucune utilité pour leur enquête… — Vous n’en avez pas de plus récente, demande Albertine? — Récente? — une photo de votre femme plus vieille… — Non, seule photo femme. — Bien dit Albertine résignée, nous n’avons plus qu’à chercher autre chose, autre part peut-être… Tout de même ce billet de loto n’est pas venu tout seul dans la grotte d’Arnette se dit Albertine qui demande : vous n’êtes pas allé vous promener en forêt de Fontainebleau? — Fontainebleau, reprend Bai Hua qui ne semble pas comprendre de quoi il s’agit. — Il faudra quand-même… Albertine s’interrompt, une jeune fille s’approche de la porte fenêtre, apercevant à travers les vitres les deux policiers, elle semble effrayée, étonnée, hésitante puis elle se retourne rapidement, s'en va, disparaît dans un couloir qui s’ouvre de l’autre côté de la cour.