Flic c’est un boulot. Pas comme un autre. Pas tout à fait comme un autre. Ça dépend. Mettre des prunes, c’est un boulot. Un peu chiant même si ça nourrit les statistiques et les primes de fin d’année, mais c’est chiant… Repérer les mecs qui sortent leur portable en voiture, inventer des dépassements illégaux ou des passages de feu à l’orange prononcé, faut avoir de l’imagination, comme pour les ceintures mises ou pas juste après avoir démarré, ou les excès relatifs de vitesse… Bref, tout un boulot. Mais sans intérêt. D’autant qu’il y en a plein qui se démerdent pour les faire sauter alors c’est un boulot encore plus con. Il en profite même pas. Pas moyen de se faire quelque backchich là-dessus. C’est pas pour ça qu’il est entré dans la police, même si ça fait partie du boulot. Il est vrai qu’il avait pas des tas d’autres perspectives. Mais quand même…

Comme tout le monde Winterhalter, Tristan (avec un nom pareil comment pourrait-il en être autrement), a fait des rêves et ses rêves l’on amené à entrer à l’école de police et à se défoncer pour réussir tous ses exams. A vingt six ans, il trouve qu’il s’en est pas trop mal sorti. A réussi. Enfin, a commencé à réussir. Se voyait en défenseur de l’humain, de l’humanité même, de la veuve, de l’orphelin, quelque chose comme un Spiderman ou un Superman ou un Columbo ou un Walker Texas Ranger, etc… un mec avec des muscles et des couilles capable de se payer tous les méchants à lui tout seul… mais français, quand même. La veuve, il s’en occupe pas beaucoup, sinon pour les expulsions dans les HLM, l’orphelin il le fout plutôt en tôle oui colle des prunes comme aux autres ou le récupère sur la voie publique (comme ils disent) quand il est complètement déjeté. Quant aux truands !… Il n’en a pas encore vu beaucoup et ça lui prend la tête. Il aimerait bien entrer dans la BAC ou dans la Brigade Anti-gang ou au GIGN (mais là il a pas pris la bonne filière…) mais bon, il est à Fontainebleau. On y récupère bien parfois un ou deux cadavres, mais c’est rare. Souvent des déchets de la capitale et ce sont d’autres qui s’en occupent et quand, par hasard, y a une vraie affaire qui se pointe, sa hiérarchie est tellement conne qu’il n’en sort rien. Sa chef est nulle. Il pourrait se la payer, ça c’est sûr, y a qu’à voir comment elle le reluque, mais ça le tente pas des masses. Il préfèrerait qu’elle lui donne un vrai boulot. S’occuper de ces Cottard, par exemple. En voilà une famille qui n’a pas l’air blanc-beur. On tourne autour mais on les touche pas : des notables, des fils de notables, des amis du maire, de l’évêque, des toubibs, notaires, profs… de l’intouchable pur sucre. Va falloir qu’il s’en occupe un peu, à sa façon. Sûr qu’il y a des choses à creuser de ce côté-là que ça doit pas être triste. C’est dit, il va prendre ça discrètement en charge et on verra bien ce qu’on verra…