Albertine Schwilk a fait reproduire les portraits du jeune chinois et de la jeune chinoise morts dans le Grand Canal du Château de Fontainebleau. Le rapport du médecin légiste précise qu’ils sont mort noyés mais ne se prononce pas sur la possibilité d’un suicide. En effet chacun d’eux avait absorbé une importante dose de barbituriques et rien ne prouve qu’il l’aient fait volontairement. Rien d’ailleurs ne prouve non plus le contraire. L’intuition d’Albertine — elle a toujours fait confiance à son intuition qui ne l’a trahie que très rarement (confiance qui est souvent de règle dans les meilleurs romans policiers et qui s’avère très pratique pour leurs auteurs embarqués dans des intrigues confuses)— lui dit qu’ils ont été assassinés et qu’il y a un rapport avec le meurtre de Madame Wang (du moins si elle aussi a été assassinée, mais cette hypothèse est la plus intéressante. Elle ne sait pourquoi mais elle le sent. C’est déjà ça… Elle a donc fait reproduire les photos des deux jeunes gens et envoyé une batterie d’enquêteurs dans le treizième arrondissement de Paris ainsi qu’à Belleville et Vitry-sur-Seine pour voir si quelqu’un les connaît. Comme chacun sait ce genre d’enquête est des plus aléatoires cependant il arrive que le hasard fasse bien les choses et sourie aux forces de police.

Le second indice, plus sérieux, dont elle dispose est celui du billet de loto du samedi 17 juin 2006 trouvé près du cadavre en décomposition de la vieille dame. Bien qu’en très mauvais état et ses inscriptions à moitié effacées par l’humidité de la grotte, les traitements scientifiques de la gendarmerie ont permis de reconstituer presque totalement son numéro d’enregistrement. Une recherche dans les fichiers informatiques de la loterie des tickets achetés ce jour a permis d’établir avec une quasi certitude qu’il ne pouvait avoir été acheté que dans trois lieux : le bar du plateau à Sète, le Cristal bar à la Ciotat ou au « 20 sans O »  situé 15 rue Vandrezane dans la treizième arrondissement de Paris. Il ne lui a pas fallu bien longtemps pour conclure que ce lieu était celui où le billet avait été probablement acheté. Cependant, ce ticket n’étant pas un ticket gagnant il ne devrait pas être facile de retrouver son acheteur si, une fois encore, le hasard n’avait aidé la justice. Le billet avait en effet été payé par une carte Gold détenue par un certain Bai Hua au nom d’une association française des études hexagrammatiques. Restait à trouver ce monsieur Bai Hua. Au départ, Albertine Schwilk se disait que cette piste devait être facile mais ses recherches sur Internet n’avait rien donné et elle avait dû demander à la banque l’adresse de cette association. La réponse avait été décevante : l’association s’était dissoute le 30 juin 2006, son compte fermé et la banque n’avait aucune trace de ce M. Bai Hua. Par acquit de conscience, Albertine avait demandé tous les relevés bancaires de cette association. En vain. La banque avait argué du secret bancaire. Il lui avait fallu obtenir une autorisation du Procureur Général de Paris — ce qui avait pris quelques temps — pour, une fois les démarches nécessaires effectuées, obtenir enfin de la banque des documents décevants, ce compte n’avait été ouvert qu’un mois et ne comportait que trois opérations : un dépôt de 1000 €, l’achat du ticket de loto et un retrait par M Bai Hua de 990 € à l’agence bancaire où avait été ouvert le compte.