Albertine n’y tient plus : deux jours depuis qu’elle a surpris Rango à surfer sur ce qu’elle considère comme étant et le doute n’a cessé de la tarauder. Que faisait-il avec cette clef USB qui a disparu ? Elle a décidé d’en avoir le cœur net.

Il est vingt deux heures, Kevin et Karcher dorment tranquillement dans leurs chambres. Prétextant une fatigue que démentait un sourire engageant, elle est allée se coucher de bonne heure. Rango l’a aussitôt rejointe. Il la caresse, elle se laisse faire un moment puis à son tour devient active. Ils ne tardent pas à faire l’amour. Plutôt bien. Les corps relaxés, ils se reposent quelques instants continuant à se caresser doucement pour prolonger un peu leur jouissance, apaiser l’orage de l’orgasme. Elle se coule contre lui, pose sa tête sur le haut de sa poitrine, le laisse caresser ses cheveux et ses seins. Elle juge le moment propice : — Chéri, je peux te poser une question ? Il n’a pas l’air surpris, il n’est pas méfiant : — Si tu veux savoir si j’ai pris du plaisir, c’est oui… beaucoup… — Non ce n’est pas ça, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir… Nous devrions faire l’amour plus souvent… Il ne répond pas, ferme les yeux pour continuer à éprouver la douceur des caresses… Elle insiste : — J’ai un problème… Enfin… Pas un gros problème, un petit problème… mais j’ai peur que tu te fâches… Ce simple soupçon met Rango sur ses gardes. Son corps se raidit, il ne répond plus aux caresses. Elle le sent, sent que ses mains ont cessé de se promener sur son corps, que sa tête s’est légèrement redressée sur l’oreiller. Il ne dit rien, attend. Elle ne peut plus reculer. Ce qui est dit est dit, il lui faut aller de l’avant : — Voilà, avant hier soir je t’ai vu surfer et dès que tu m’as aperçue, tu as immédiatement quitté Internet comme si tu avais peur que je vois ce que tu regardais. Depuis, je ne peux m’empêcher de penser que tu regardais des sites X… — Tu m’espionnes maintenant ? Sa voix est sèche, sa peau se rétracte comme s’il rentrait dans sa coquille, il se redresse, repousse sa tête de sur sa poitrine, je n’aurais jamais cru ça de toi… Non, non, je ne t’espionne pas mais… j’ai cru… — C’est bien ce soupçon qui me trouble. Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup ? Elle rentre en elle-même : — Tu sais, je suis en pleine histoire pédophile… Ne m’en veux pas ! Mon boulot… — Ton boulot n’excuse rien. Tu me soupçonnes… et de pédophilie en plus si je comprends bien ! — Non, non ! Mais… — Mais quoi ? — J’ai cherché ta clef USB rouge, j’en avais besoin pour… Il s’emporte : — Ma clef USB ? Pourquoi veux-tu ma clef USB, Quel est le rapport entre tes soupçons ridicules et cette clef USB, comment sais-tu que j’en ai une… et rouge, en plus ? — Je l’ai vue ! Il s’est retourné sur le côté, lui tourne le dos : — Ton métier déteint sur toi, tu te comportes comme un flic ! Elle comprend qu’elle s’y est mal prise, mais c’est trop tard, elle ne sait plus que dire ; — Rango, sa voix se veut tendre… — Fous-moi la paix ! Il éteint sa lumière. — Pardonne-moi ! Il ne répond pas, son corps s’est éloigné de celui d’Albertine. Elle éteint à son tour, essaie de s’endormir.