Depuis quelques temps, un de nos concitoyens, Marc Hodges, bien connu de beaucoup d’habitants de Fontainebleau et de ses alentours, publie un roman Internet. Pour ceux de nos lecteurs qui ne le sauraient pas encore, il s’agit d’un roman, de type roman feuilleton que l’on ne peut lire que sur l’Internet à l’adresse suivante: http://sensdelavie.canalblog.com. Son auteur prétend en plus qu’il s’agirait d’une hyperfiction, terme un peu barbare qui signifie simplement que cette fiction est lisible selon plusieurs cheminements possibles et que, de diverses façons, elle est liée à d’autres récits du même type comme, par exemple, http://tension.canalblog.com/. Il y a là comme une désir excessif d’ubiquité qui pourrait être amusant s’il n’était pas un peu démentiel et un peu malhonnête. D’une part, en effet, Marc Hodges n’est en rien l’inventeur des récits hypertextes qui ont une vraie tradition aux USA et d’autre part, ces parcours, dits multiples, sont bien trop souvent sans rapports les uns avec les autres ou, du moins, ne présentent entre eux que des rapports bien lointains que le lecteur ordinaire n’est pas toujours en mesure d’établir.

Ce « roman » n’est pas sans intérêt. Je conseille à nos lecteurs d’aller au moins y jeter un coup d’œil même s’il présente un certain nombre de défauts. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi un auteur tel que Marc Hodges, qui sans contestation possible, démontre une certaine capacité à utiliser l’ordinateur, ne se sert pas d’un simple outils comme Excell qui lui permettrait de gérer ses parcours et les fictions qui s’y entrelacent. Par exemple, il y a, au départ, deux récits, un qui est présenté comme la réalité avec comme héroïne principale Albertine Mollet et un second présenté comme le roman qu’écrit le personnage de la première fiction — Marc Hodges lui-même — et dont l’héroïne principale est Albertine Schwilk. Passons sur les confusions qu’entraînent les homonymies. Mais il en est d’autres. Par exemple, dans le récit d’Albertine Schwilk, un objet, une clef USB (sorte de petite mémoire numérique portable) joue un rôle essentiel. Or cette clef se retrouve dans le récit d’Albertine Mollet sans que l’on sache pourquoi. De même, Marc Hodges mêle des personnages réels et des faits réels (certains reportages de notre journal par exemple) à des faits imaginaires. Le lecteur ne peut que s’y perdre. Est-ce le but visé ?

Une fiction n’a d’intérêt que parce qu’elle construit un monde imaginaire fonctionnant comme le monde réel, situation qui permet au roman de transmettre des opinions sur le monde réel et d’en faire percevoir autrement les événements. Dans son ouvrage, Marc Hodges ne respecte pas ces principes élémentaires. Son roman, qui présente par ailleurs bien des pages intéressantes, s’en trouve affaibli. Je ne suis pas sûr que l’auteur y gagne en notoriété.