La commissaire Albertine Mollet vient de recevoir le rapport de la gendarmerie, de la police scientifique, sur la clef USB qui lui a été envoyée dans un courrier anonyme. Celle-ci lui a également renvoyé cette clef pour la joindre au dossier si elle décide d’alerter le Procureur de la République.

«Clef USB du commerce, formatée pour PC Windows, de deux gigaoctets dont ne sont utilisés que 794,4 mégaoctets. La clef elle-même a été soigneusement essuyée et ne semble porter aucune empreinte digitale cependant une légère trace ADN (salive ?) a été relevée sur la partie métallique de la clef que l’expéditeur a oublié d’essuyer. Dans un dossier intitulé SURF — ce qui semble indiquer l’origine Internet des documents — elle contient 5294 photos numérotées, de «0000» à «5297», conséquence d’une erreur (ou d'un saut volontaire) dans la numération, manquent en effet les clichés 9, 99 et 999, ce qui semble suggérer qu’il ne s’agit en rien d’un hasard mais d’une omission délibérée. La clef ayant subi plusieurs effacements en «mode sécurisé», il n’a pas été possible de vérifier si ces photos avaient été enregistrées puis effacées ou si elles n’avaient jamais été présentes sur la clef. Nous n’avons trouvé sur l’objet aucun élément permettant d’émettre à ce sujet des hypothèses utiles. Toutes ces photos sont de type pornographique et représentent des jeunes hommes nus dans des scènes à caractère érotique : fellations, masturbations, pénétrations… en solo, duo ou groupes. La plupart des photos proviennent de sites pornographiques du commerce et les acteurs sont connus de nos services: il s’agit pour 99 % des cas de jeunes majeurs même si certains d’entre eux, d’apparence particulièrement jeunes, pourraient laisser penser le contraire. Seul 1 % d’entre elles, 53 photos exactement, représentent des acteurs non encore connus ou des jeunes sans aucun doute mineurs. Toutes les photos ont été retravaillées sous un logiciel de retouche d’images (probablement Adobe Photoshop), de façon à effacer les noms des sites, à corriger des détails ou des imperfections, à recadrer les photos pour rendre des détails plus visibles, à adopter un format identique à toutes, — hauteur de 800 pixels prédominante, sinon largeur de 1200 pixels — ce qui permet de penser qu’elles étaient destinées à des projections sur un format étrange 2/3. La qualité du travail de retraitement laisse supposer qu’elle a été le fait d’un spécialiste de la retouche d’image.

Une série de ces photos se retrouve en double exemplaires dans cette «base de données» particulière. Cette duplication semble obéir à une loi mathématique simple, par exemple: 1-11, 22-222, 5-55, 43-434, etc… Aucun élément ne nous permet de faire des hypothèses sur ces répartitions numériques.

En conclusion il s’agit a priori d’une base de données pornographiques homosexuelles comme en constituent souvent les pornographes en tous genres, celle-ci étant spécialisée vers les jeunes homosexuels sans aspects criminels notoires. Le seul aspect intrigant de cette base est dans les jeux de numération des données qui pourrait peut-être donner lieu à enquête plus approfondie. Nous pourrions alors essayer d’exploiter la trace d’ADN relevée.»

Albertine n’est guère plus avancée. Va falloir prendre une décison.