Il fait beau. Frais mais beau. Le soleil levant fait monter une légère brume qui aére la surface du grand canal, l’herbe luit de rosée. Un temps idéal pour la pêche. Mercredi est une journée de repos pour Guillaume Lemarchand, trente deux ans, passionné de pêche, garçon au café du viaduc qui vient s’installer avec ses quatre cannes, son casse-croûte et son siège pliant. Les rayons presque horizontaux du soleil enflamment à l’horizon les toits humides du château et leur lumière à fleur de terre accroche les accidents de l’herbe : son œil est attiré, à quelques mètres de lui, par un objet brillant de forme oblongue. Il s’approche : une clef USB en plastique bleu marine cerclée d’une bande argentée et dont les deux extrémités forment des anneaux. Sur une des faces la mention «Dane-Elec 2GB». Il la met dans sa poche, retourne à son activité principale: attraper des carpes immangeables qu’il remettrait à l’eau quelques heures plus tard après avoir photographié ses prises.

Il est environ dix sept heures lorsqu’il rentrr chez lui heureux de sa journée, d’avoir passé des heures à laisser son regard se perdre sur les lents mouvements des reflets aquatiques seulement interrompu de loin en loin par les oscillations d’une de ses cannes à pêche indiquant qu’une carpe suicidaire a mordu à ses appâts. Guillaume est un contemplatif capable de rêver des heures sur un brin d’herbe, un paysage d’automne, les vaguelettes de la Seine ou les mouvements délicats d’un écureuil grignotant un gland. Comme d’habitude il vide ses poches, redécouvre la clef USB qu’il avait ramassée le matin. Rien de spécial à faire, sa femme n’est pas encore rentrée du travail, ils n’ont pas d’enfant, il n’est pas passionné de lecture ni de télévision, essayer de voir si cette clef contient quelque chose lui paraît une occupation naturelle. Il allume son ordinateur, insère la clef dans le port USB. Le dossier qui s’affiche sur l’écran porte un titre: SURF; il l’ouvre: des photos. La fenêtre d’ouverture porte les indications suivantes: «5294 éléments, 749,4 Mo disponibles». Les vignettes des photos, trop petites pour être vraiment visibles, ne portent aucun titre mais des numéros, de «0000» à «5297». Il ne s’étonne pas outre mesure de la non correspondance des chiffres, décide d’ouvrir une photo au hasard, pour voir, sélectionne la 3357: un jeune homme blond (difficile de lui donner un âge précis, entre 15 et 20 ans peut-être…) entièrement nu, torse bronzé, de dos, penché sur un canapé à fleur, la tête légèrement tournée vers la droite il sourit à celui qui photographie ses fesses rosées. Guillaume se demande qui peut bien avoir fait une photo pareille. Il en ouvre une autre, 1201, un individu dont n’apparaît que la partie du corps au-dessus des genoux jusqu’au nombril, son pantalon est baissé, révélant un slip à carreaux (le tissu lui fait penser à celui d’un mouchoir) faits de bandes mauves et bleutées, sa main gauche a fait glisser la ceinture du slip révélant les pils pubiens, le torse est nu; 3730, deux jeunes hommes nus, chaussettes exceptées, celui de droite, tout en baissant de sa main gauche le slip de son partenaire, s’est, de sa main droite emparé de son sexe… Après avoir ouvert une dizaine de photographies, la conviction de Guillaume est faite, cette clef ne contient que des photos pornographiques explorant toutes les positions imaginables d’un Kama Soutra homosexuel, certaines relativement anodines, la plupart extrêmement crues.

Il la retire de son ordinateur, se demande ce qu’il va en faire.