Tout s’est merveilleusement passé. Éblouissement des sens, plaisirs partagés, reçus, donnés, prolongés, répétés : Évelyne est satisfaite d’elle-même et le relent de scrupule moral qui l’avait un peu effleurée s’est dissous dans les bouffées de chaleur de ses satisfactions physiques. Évelyne est heureuse. Évelyne a retrouvé le plaisir érotique, Évelyne ne se demande plus comment elle pourrait éviter Théo mais comment elle pourrait poursuivre leurs rapports dans la discrétion la plus générale. Elle sait que lui n’en parlera à personne. Elle le tient par le désir. De plus elle n’est pas assez belle, prestigieuse, séduisante pour qu’il en parle à ses camarades. Ils sont liés par leur secret. Elle ne se fait pas non plus d’illusion, ça durera ce que ça durera, mais il n’y pas de raison qu’elle se frustre. La vie n’est pas un tapis de rose, elle a son lot d’emmerdements. Pour une fois qu’elle a trouvé l’exaltation de la jouissance, il n’y a aucune raison qu’elle s’en prive et, devant ça, sa conscience policière ne tient pas beaucoup, quand le corps parle fort, le cerveau fait silence.

De plus elle a réussi à savoir ce qu’elle voulait savoir : l’origine de toutes les lettres anonymes que Théo faisait parvenir au commissariat. Théo s’est livré à elle. Rien de tel que la satisfaction du sexe pour les confidences. En résumé — car dans les faits tout est un peu plus compliqué et il y faudrait des pages — Théo aime surfer sur Internet et parcourir des blogs. Un jour, il est tombé sur le blog «Nathalie Riches». Un blog bizarre, presque incompréhensible. Les messages qui y étaient déposés n’étaient pas ceux de blogs ordinaires, on aurait dit un blog autiste: il faisait allusion à des parties en cours d’un jeu dont on ne savait rien ou presque, contenait des images anodines, banales, stupides (un fragment de poterie, des fils sur fond rouge, des tasses et des verres sur une table de bistro, un billet de loto périmé… les commentaires, lorsqu’il y en avait était des plus surprenants — j’aimerais correspondre avec vous ou c vrimon trè interessant… super… Au lieu de le rebuter, cela l’a intrigué, il a voulu en savoir plus. Pour cela il a décidé d’envoyer un commentaire chaque jour, toujours le même : «Je voudrais jouer avec vous» et son adress mail: théo@away.fr. Au bout de quinze jours il a reçu un mail signé Nathalie Riches nr@riches.tv . Laconique: Envoie ta photo.

Il l'a fait.