- Théo !…

Le cri du cœur, Marie-Gineste se précipite, prend dans ses bras son fils qui est déjà plus grand qu’elle:

- D’où viens-tu? Nous avons eu tellement peur, que t’est-il arrivé? D’où viens-tu? Ça va, tu te sens bien?

Elle le regarde, prend un peu de recul, l’examine : il a l’air en bonne santé. Il est sale, très sale même, couvert de boue, mais il semble en bonne santé. Elle l’embrasse, l’entraîne avec elle, il est tout mou, sans résistance:

- Viens, tu vas me raconter ce qui t’es arrivé, on a eu tellement peur ton père et moi… Nous n’avons rien compris à cette lettre anonyme, cette histoire d’Erich… quelque chose, Erichiston je crois… mais c’est pas important, tu es là…

Noyé par le flot de paroles et de tendresse de sa mère, Théo ne dit rien, il se laisse entraîner là où elle veut. Elle le tire vers la maison, le fait entrer par la porte de la cuisine :

- Tu préfères peut-être prendre une douche, manger quelque chose… Je suis bête… Tu as pu manger quelque chose ? Tu as faim ? Dis-moi, tu as faim ? Dis-moi ce que tu préfères, on parlera ensuite. Soif peut-être… Dis-moi…
- Je suis fatigué, dit Théo d’une voix lasse, fatigué…
- Tu veux dormir ?
- Oui… dormir… J’ai envie de dormir…
- Tu n’as rien au moins, tu n’es pas malade ?
- Non, j’ai sommeil…

Marie-Gineste le lâche, le laisse aller vers sa chambre. Elle le suit, ne sait pas trop que faire, se dit que le mieux est de ne rien faire, le laisser faire, se laisser faire. Elle le suit. Théo va dans sa chambre, ne prend pas la peine de se déshabiller, s’affale sur son lit de tout son long. Elle :

- Tu veux que je te déshabille ?
- M’en fous, j’ai sommeil… sommeil…

Marie-Gineste voit le corps de son fils s’affaisser, il semble ne plus avoir aucune force, aucune tenue, il ne tarde pas à s’effondrer dans le sommeil. Elle hésite un moment, mais ses vêtements sont si sales, il va falloir tout nettoyer, tout changer peut-être. Elle hésite un peu, un tout petit peu, le déshabille, en profite pour examiner son corps, constate qu’il ne présente aucune blessure visible, une rougeur aux poignets et aux chevilles, mais rien de grave lui semble-t-il. Nu, il dort. Il est trop lourd pour elle, elle ne pourra pas le déplacer et puis ce n’est plus un bébé qu’elle peut manipuler à sa guise… Elle va chercher un duvet dans l’armoire de la lingerie, en recouvre le corps de son fils. Elle sort, ferme la porte, hésite, revient sur ses pas, ferme la porte à clef…