Évelyne, dans la cabine réservée au planton est de garde au commissariat, elle lit le journal du jour, Le parisien: «Les femmes et la tentation Ségolène, les femmes entendent donner de la voix en 2007, le succès de Ségolène Royal s’explique-t-il parce qu’elle est une femme…». En ce qui la concerne, elle aurait plutôt un penchant pour Marie-Georges Buffet ou même Arlette Laguiller même si ces choix peuvent sembler en contradiction avec son métier de policière mais elle en a de plus en plus marre des mecs… Ou des femmes qui se comportent comme des mecs. Au fond, elle est en train de se demander pourquoi elle voterait puisque ça ne change jamais rien, elle rêve lentement sur ce thème, entre rêve et rêvasserie, elle ne réfléchit pas vraiment, se laisse languidement porter par cette pensée quand Cottard entre en trombe dans le commissariat. Il est furieux, hurle: «Je veux voir le commissaire, tout de suite…». Évelyne a un moment de panique, se demande que faire, elle se revoit en train de faire calmement l’amour avec le petit Théo, de guider sa maladresse, de lui mordiller tout doucement son jeune sexe bien raide aux poils rares, de le guider vers le sien tout en caressant sa peau de velours, elle se laisse dévorer de baiser maladroits, pétrir par des mains impatientes mais ce n’est pas le moment, les exigences de Cottard la tirent d’une rêverie bien agréable, peut-être d’autant plus agréable qu’elle est accompagnée d’un léger remord, juste assez pour donner un peu de nouveauté et de piment à l’acte d’amour: «J’exige de voir le commissaire…» Évelyne se ressaisit: «Je vais voir si elle peut vous recevoir…» «Elle n’a pas le choix, elle doit me recevoir. Si elle est là elle doit me recevoir…» Évelyne songe bien un moment à mentir pour se protéger mais Cottard a fait tant de bruit que son mensonge serait inutile, la commissaire Mollet est bien là…

En tous cas, Cottard ne semble pas la soupçonner, s’il vient se plaindre, comme il est probable, du dépucelage un peu hâtif de son fils, il ne sait certainement pas qu’elle en est responsable ou, plus probable encore, il ne fait aucun lien entre le nom que lui a peut-être livré son fils et la personne qu’il a devant lui. Elle interpelle le jeune Winterhalter qui passe: «Dis au commissaire que Monsieur le Docteur Cottard aimerait être reçu…» Tristan frappe à la porte du bureau de la commissaire, entre. Cottard ne tient pas en place, il tambourine de ses doigts la banque du bureau, triture un crayon, rumine: «Ça ne se passera pas comme ça… On me connaît mal, on verra bien ce qu’on va voir…» Évelyne ne sait ni que faire, ni que dire, ne fait rien, fait semblant de s’intéresser aux femmes politiques mais en fait elle ne lit rien. La menace qui pèse sur sa tête est redoutable et, en même temps, elle ravive le plaisir qu’elle a éprouvé avec Théo, ne peut s’empêcher de penser que, malgré les risques, elle recommencerait bien. Elle ne peut s’empêcher de fermer les yeux, sent encore les mains de l’adolescent sur sa poitrine, le goût d’amande de son sexe dans sa bouche, sa… La porte s’ouvre, le Docteur Cottard se précipite, la porte se ferme. Elle entend les hurlements de Cottard sans pouvoir comprendre ce qu’il dit.

Évelyne se demande si elle se suicide tout de suite ou si elle attend… De toutes façons, elle sait qu’elle n’aura pas le courage de se suicider. Alors…