L’écriture est une variété peu commune d’épreuves, un marathon d’orientation et d’obstacles. Il faut tenir la distance tout en évitant de s’égarer sur les multiples fausses pistes qui ne cessent de se présenter comme des solutions mais qui s’avèrent vite être des cul-de-sacs et en résolvant l’un après l’autre l’ensemble des problèmes locaux qui ne cessent de se poser…

Marc Hodges tient sa trame: il sait à peu près le but à atteindre mais ne dispose ni de la carte qui lui permettrait d’y arriver ni de tous les outils dont il aurait besoin en cours de route. Si l’imagination peut être considérée comme une accession à la liberté absolue, écrire est une sujétion à l’impérieuse existence des mots.  Pourtant la pensée de son esclavage cessait tout d’un coup de lui peser dès lors qu’il se mettait à écrire, il souhaitait même alors de le prolonger encore lorsque diverses circonstances l’obligeaient à arrêter aussi, même si cette avancée lui était parfois difficile, avançait-il dans l’écriture de son roman:

«La confrontation des informations du récépissé de loto et des analyses scientifiques des prélèvements faits dans la grotte étaient claires: le cadavre de la vieille dame se trouvait en ce lieu trois ou quatre jours avant que le loto ait été payé. Qui plus est, elle savait maintenant qu’il avait été enregistré dans un café du treizième arrondissement de Paris «La prisonnière de Shangaï». Malheureusement comme il n’était pas gagnant, il n’avait pas été possible d’en savoir davantage sur la personne qui l’avait enregistré. Ce qui était sûr —c’est du moins la conclusion à laquelle avait abouti Albertine Schwilk— c’est que la personne qui l’avait perdu n’avait pas pu ne pas voir le cadavre puisqu’il était là, dans la grotte, depuis plusieurs jours et que le ticket était tombé entre le corps et la paroi de roche. Cet individu, quel qu’il soit, pouvait être un témoin précieux. Il pouvait notamment permettre de savoir si les empreintes trouvées sur le sol étaient ou non les siennes. Il pouvait aussi permettre de déterminer si l’ADN du cheveu n’appartenant pas à la vieille dame — et qui avait était trouvé sur ses vêtements— appartenait à ce visiteur ou à celui (celle? Bien que cela soit peu probable vu l’effort physique à fournir…) de cette vieille dame. Albertine avait appelé La prisonnière de Shangaï et demandé si le patron verrait un inconvénient à ce que, au cas où… elle affiche un appel à témoin dans son établissement. Le patron, un immigré chinois, ayant accepté, elle avait fait mettre une photo, les aspects les plus macabres gommés, du visage de la victime avec le message suivant: «avez-vous vu récemment cette vieille dame? La police a besoin de vous, appeler le…» Quant au reste, elle n’avait pas d’autres pistes, personne, dans la région, malgré la publication dans la presse locale, ne s’était fait connaître pour dire qui était cette vieille dame et, à cause du très petit nombre d’indices, le mystère restait complet. C’était à la fois énervant et excitant car l’affaire n’était pas banale. Albertine qui était entrée dans la police par goût des énigmes était décidée à y consacrer toutes ses force.»