Impossible… IMPOSSIBLE… Évelyne se reprend: son surmoi réagit. Une demi-heure de plaisir la laisserait dans une honte totale et un mépris d’elle-même. Faire l’amour avec Théo, pourquoi pas, après tout ce n’est plus un enfant mais… pas comme ça. Ce serait presque un viol. Et autrement, autant ne pas y songer, Théo ne peut qu’être entouré de gamines séduisantes… riches aussi… Elle retire sa main.

— J’attends… — Quoi? Théo ne sourit plus, fixe l’entrelacement des fourrés… — Pourquoi écrus-tu ces lettres? —Je ne les écris pas… — Alors qui? Évelyne, frustrée par l’insatisfaction de son désir, commence à être un peu agacée par la mauvaise volonté de Théo, elle se lève brutalement, hausse le ton: —Alors qui? —Je sais pas! — Écoute Théo, on va pas jouer longtemps comme ça au chat et à la souris, ou tu me racontes tout ou j’appelle mes collègues… L’expression du visage de Théo change, son sourire semble se crisper un peu, son regard se perd dans l’entrelacement des fourrés… — C’est un jeu! — Tu appelles ça un jeu? Un incendie, un détournement de cadavre, un, peut-être deux, assassinat… et tu appelles ça un jeu? Théo semble très étonné, comme s’il ne comprenait pas: —Un assassinat? —Oui, entre autres choses, un assassinat… —Je savais pas, je… Bon… J’ai créé un blog sur Skyrock et, en regardant les autres, je suis tombé sur le site de Nathalie Riches… Évelyne prend un carnet dans sa poche, un crayon: —Nathalie comment? —Nathalie Riches… Elle note: —Bon, continue! — C’est une organisatrice de jeux, des MMOG, des jeux où on joue avec la réalité. Je me suis inscrit à une partie. Cette partie s’appelle «A l’ombre d’Évelyne», je devais choisir une Évelyne près de chez moi. J’en connaissais pas, j’ai pris l’annuaire, je suis tombé sur vous… —Et alors?… — Alors j’au reçu des instructions par mail: je devais imprimer des messages que je recevais de temps en temps et vous les faire passer sans que vous puissiez m’interroger. C’est ce que j’ai fait… —Et les enveloppes de l’hôtel Cyprus? —J’y passe souvent des vacances, j’ai pensé que c’était plus romanesque… —Et les messages? Tu les as lus? —Oui, bien sûr, j’ai pensé qu’ils ne disaient rien de vrai, que c’était simplement pour s’amuser de vous… —Ce n’était pas un jeu… — Je savais pas… —Qui t’envoie ces messages? — Sais pas, le nom change tout le temps, Pessoa, Nobody… on dirait des noms imaginaires, je sais pas du tout… — C’est tout ce que tu sais? —Oui, je vous jure, j’en sais pas plus, je trouvais amusant de jouer avec vous… un flic… Je faisais rien de méchant… —Bon, tu vas rentrer avec ta bestiole, voici mon numéro de téléphone… Elle griffonne une feuille de carnet qu’elle lui tend, appelle-moi ce soir, on fera le point… Théo se lève:—D’accord mais… —Mais quoi? — Ce matin j’au reçu un nouveau message pour vous, qu’est-ce que j’en fais? Évelyne réfléchit, regarde sa montre: — Onze heures vingt cinq… Tu vas rentrer chez toi, je suppose que tu vas manger… Tu connaus le viaduc de chemin de fer? —A Avon? —Oui… Il y a un petit café, le café du viaduc, j’y serai à trois heures, viens avec ton message, on discutera tranquillement… —Bon d’accord… Évelyne monte sur sa moto: —Et ne fais pas le malin, tu sais que je te retrouverai!

Elle démarre, Théo détache son cheval.