Les gens font souvent des choix qui se révèlent incompréhensibles et qui ne tiennent peut-être que du hasard. Lorsqu’on est d’humeur à tomber amoureux, ou à se marier, peut importe sans doute quel est celui ou celle que l’on croise au coin de la rue. On veut trouver quelqu’un, et il y a quelqu’un, et l’on finit par se convaincre que cette personne surgie par hasard est en fait celle que l’on recherche depuis le départ. Dans la vie, on trouve exactement ce que l’on cherche, se dit souvent Marc Hodges. Et il a raison: quand on cherche le bonheur, on le reconnaît. Quand on opte pour l’absence de confiance, l’envie ou la haine —ou toute chose de ce genre— on finit vite par trouver cela aussi; quand on cherche la solution a une énigme, elle finit par se résoudre et parfois même toute seule. la nuit pendant son sommeil par exemple. Quoique!… Enfin c’est quand même plutôt juste. Marc cherchait une réponse à l’alignement des mésanges dans la forêt: il la trouve un matin, par hasard en ouvrant distraitement un magazine. Sur une des pages qu’il feuillette distraitement, il tombe sur l’ensemble des hexagrammes utilisés par le Yi Jing et —pourquoi, il ne saurait le dire—  sur l’hexagramme 63 qui lui paraît plus attractif que les autres et dont il lit le commentaire: «Quand l'oeuvre est achevée, il ne reste plus que les petites finitions, il ne faut pas penser aux grands bouleversements et aux nouvelles réalisations. Consolider les acquis afin de les faire durer dans le temps, se prémunir du matériel nécessaire pour réparer immédiatement les dégâts, surveiller étroitement ou éloigner les corrupteurs.» Éblouissement, illumination… Il ne reste plus que les petites finitions: l’essentiel de son travail est réalisé, il a dans la tête le plan de son ouvrage qui se présentera comme un état de confusion mentale, le roman policier de la confusion mentale. Si c’est possible… et puisqu’il le veut, ce sera possible car au fond, vouloir et être sont, dans ce domaine, peut-être la même chose. Il ne sait pas… il ne sait plus… Peu importe. En tous cas, l’alignement des mésanges représente un des traits de l’hexagramme 63, le premier: —  — Restent à décider que, dans la forêt de son roman figurent les cinq autres. Bien entendu, cet hexagramme forestier ne pourra que désigner un espace, celui rituel du meurtre. Il y aurait «du chinois» là-dedans et du mysticisme et de l’interprétation et de la métaphysique et de la psychologie et du social… bien sûr du social puisqu’il en a décidé ainsi et tout ça s’enchevêtrerait dans un réseau apparemment indémêlable de causes, conséquences, circonstances, opportunités, rencontres, occasions, conjonctures, situations, événements, intentions, desseins, aléas, volontés… le tout finissant par devenir limpide au lecteur dès lors qu’il accepterait de ne pas adopter un point de vue unique mais de changer de points de vue suivant les moments de sa lecture. Marc Hodges se sent tout excité par ces idées. Ne reste plus qu’à les mettre sur le papier.