«…Maro Stavros ne savait pas que faire: il n’avait pas l’habitude d’être confronté à un cadavre et ne s’attendait pas du tout à en trouver un précisément à l’endroit qu’il avait choisi pour faire son étape pique-nique. Pensées confuses. Doutes. Il n’avait même pas de téléphone portable. Avertir les autorités: c’est sans aucun doute ce qu’il devrait faire… Mais comment. Il avait planifié sa marche de façon à prendre à Bois-le-Roi le train de 18 heures 02. En marchant normalement, il n’y avait pas de problème mais toute autre solution risquait de l’entraîner dans des complications infinies: s’il faisait de l’auto-stop ou trouvait quelqu’un sur le parking de l’hippodrome qui acceptait de le conduire au commissariat de Fontainebleau, il lui faudrait certainement revenir avec les policiers et il raterait son train. Or il lui fallait absolument être à Paris avant la fin de l’après midi… S’il ne disait rien, rien ne prouver que ce cadavre de vieille dame serait trouvé par quelqu’un d’autre… Il savait ce chemin de randonnée assez fréquenté mais, en cette saison, un automne pluvieux, rien ne permettait de croire que quelqu’un d’autre pourrait passer rapidement par là… Et si c’étaient des gosses?… Maro avait quelques scrupules. En sa tête défilaient tous les choix possibles: téléphoner de façon anonyme d’un bistro de Bois-le-Roi, ne rien dire, trouver un moyen d’aller au commissariat, prévenir par téléphone de Paris, laisser un mot sur place pour un autre passant, emprunter un téléphone portable… Rien de tout cela ne le satisfaisait vraiment. Maro était un homme raisonnable. En toutes choses il mesurait les avantages et les inconvénients. Pour lui et pour ses semblables… Il pourrait… Il pourrait aussi… Rien de tout cela ne faisait une décision.…»

Marc Hodges hésitait encore. Au fond des choses, il n’avait pas besoin d’en savoir beaucoup plus sur la réalité de cette morte et ce qu’il avait trouvé sur place lui suffisait pour construire une histoire mais il était encore en phase de structuration. Il ne savait pas encore ce qu’il allait vraiment faire de ce Maro Stavros. Il n’avait même pas encore décidé pourquoi il devait être à Paris dans la soirée… ni quel était son métier s’il en avait un… ce qu’il savait c’est que, parce qu’il était le premier à apparaître dans son récit, il devait y jouer un rôle. Lequel? Ça viendrait plus tard… Il écrivit:

«Dans un état d’indécision totale, Maro choisit une solution sans se douter un instant qu’elle constituait le pire choix possible et qu’il la regretterait très longtemps.»

Le premier chapitre se terminait ainsi: même s’il fermait quelques possibles il en laissait de nombreux autres ouverts.