Évelyne…Confusion totale: ne sait plus que dire, penser, faire. Elle n’a pas avancé. Elle doit le reconnaître. Son idée de faux cambriolage et de faux cambrioleur la mène dans le mur. Quoi qu’elle fasse elle est dans une impasse. Elle est débarrassée de Bloch, c’est toujours ça, mais la satisfaction est maigre. Elle s’est fait assassiner par la commissaire: — Rien… vous n’avez rien trouvé? Deux jours perdus pour rien? C’est bien la dernière fois que je vous fais confiance… Bloch ricane dans son dos: —c’est pas comme ça qu’il fallait mener l’affaire… — Vous ça va… l’interrompt la commissaire qui est d’une humeur exécrable, vous n’avez pas fait mieux… —Mais… —Je ne veux plus entendre parler de ce cambriolage. On a quand même mieux à faire qu’à s’occuper des plaisanteries de gamins. —Et si le patron de la salle de jeu appelle, avance Évelyne du bout des lèvre… — S’il rappelle? Vous croyez au père Noël à votre âge? Demain il aura oublié… —Oui… peut-être… mais… — Si je me trompe on verra! Maintenant je ne veux plus entendre parler de cette histoire stupide, je n’aurais pas dû vous écouter. Demain la mairie demande des agents pour une cérémonie à je ne sais plus quel monument au mort pour je ne sais plus quoi… Vous irez… —Oui vous, insiste-t-elle en regardant Évelyne, là au moins vous ne pourrez rien faire de négatif. Vous serez avec Bergotte. De toutes façons que vous fassiez les potiches ou non, ça ne change rien… Vous ferez la paire… Maintenant rompez, je vous ai assez vue… C’était pas la joie, la commissaire devait avoir des règles douloureuses ou ses mômes lui cassaient les pieds. En tous cas, elle était aussi agressive qu’un vieux verrat surpris dans sa bauge. La journée n’avait pas bien commencé; elle se terminait mal.

Rentrer dans son HLM n’avait rien de très réjouissant, il allait falloir faire quelques courses, récupérer Candie et Marion — ses deux filles — chez leur garde, rentrer préparer le repas, attendre que Franck rentre et mette les pieds sous la table, préparer son uniforme de cérémonie pour le lendemain… Si encore il y avait une bonne soirée télé! Elle ne se souvenait plus si c’était ou non la Ferme aux célébrités. Ça au moins ça la distrairait un peu.

Parkings encombrés d’épaves. Trois voitures brûlées, une désossée, canettes de bières vides. Elle préfère ne pas voir les abords de son immeuble. Entrée taguée, peintures défraîchies, boîtes aux lettres cassées… Et dire qu’il lui faut vivre là? Elle qui représente l’ordre, la loi, n’a même pas les moyens d’assurer à ses enfants un environnement correct. Un, deux étages. Elle sonne à la porte de Mme Arbouville, la garde d’enfants. petits pas précipités — maman, maman… Candie lui saute dans les bras, Marion comme toujours voudrait être la première et jargonne une bousculade de mots incompréhensibles. Câlins… Mme Arbouville tend le sac contenant les affaires des enfants: —Un garçon m’a donné ça pour vous, dit-elle en lui tendant une enveloppe… Évelyne reconnaît aussitôt le papier grège. Elle la prend. C’est bien l’hôtel Cyprus. Elle essaie de ne pas montrer son trouble: —Vous le connaissez? —Non, pas du tout… C’est quand je suis allé chercher Candie à la maternelle. Il m’a approché gentiment… un garçon très poli, bien élevé, propre, je n’avais aucune raison de me méfier de lui. Il m’a dit —S’il vous plaît, madame, est-ce que vous pourriez donner cette lettre à Mme Puget? J’ai pensé qu’il vous connaissait… —Oui, bien sûr, dit Évelyne qui ne sait trop comment agir, un garçon brun au visage très fin, assez beau… —Oui, c’est ça… —Merci, je sais ce que c’est!… A demain, comme d’habitude! —A demain!

La porte se ferme. Évelyne s’en va ses filles dans les bras, l’enveloppe dans une poche.