Rien dans la matinée, bredouilles: Évelyne Puget et Maurice Bloch n’ont pas le moindre début de piste. Évelyne ne sait plus si elle doit s’en inquiéter ou s’en réjouir, elle s’est emprisonnée dans un tel nœud de mensonges qu’elle ne sait plus que faire. Au fond, vaudrait mieux qu’elle avoue avoir échoué dans son enquête que devoir avouer tout ce qu’elle a dissimulé jusque là. Elle aurait l’air conne, se ferait engueuler, mais ça ne serait pas très grave… Déjà ce con de Bloch se réjouit: «travail stupide… nous faisons un travail stupide… tu crois qu’il n’y aurait pas mieux à faire que chercher ton soi-disant voleur de poules?…» Il la fait chier. Trop sûr de lui, trop arrogant, se prend déjà pour un superflic alors qu’il n’a encore rien fait d’intéressant: «Tu me gonfles… C’est pas moi qui t’ai demandé de venir avec moi. Alors tu la fermes…» Relations intéressantes: ils se font la gueule, ne se parlent plus. Chacun va de son côté bouffer son sandwich arrosé d’un verre de flotte. C’est pas la joie. Et la commissaire qui passe: «Alors Évelyne, cette enquête, ça avance?» Bloch ricane dans son coin, les autres flics ont un sourire ironique: «Rien pour l’instant…» «Vous n’avez plus que quatre heures, après on boucle, assez de temps perdu… Faut du résultat! Du résultat vous entendez! Ce qui m’intéresse ce sont les affaires résolues alors vous vous débrouillez sinon ça fait baisser les statistiques…» Menace implicite: la note en dépend et la suite, les poubelles brûlées et les tags à vie…

Vers 15 heures, le temps est toujours aussi merdique, humide, lourd, bas, la ville est sinistre mais une lueur d’espoir (faible… mais c’est mieux que rien) change la donne: le patron d’une salle de jeux électroniques pense avoir vu plusieurs fois le gamin, il n’en a pas une certitude absolue mais quand même, il a un visage assez remarquable. Ceci dit, il sait rien de plus. Il lui semble qu’il est venu avec d’autres, qu’ils ont joué à un jeu en ligne, mais lequel? Non il ne peut pas dire à quelle date et il n’avait aucune raison de relever leur identité: il surveille ce qui se passe sur ses écrans, c’est pas lui qui laisserait des minots se connecter à des sites pornos. En plus, ils n’ont sûrement pas besoin de lui pour ça, zont ce qui faut à la maison, ici, ils préfèrent jouer à des jeux collectifs. C’est la baston qui marche le mieux, se dézinguer les uns les autres, virtuellement s’entend… Faut voir!… Ça tire pire qu’à Verdun, Danang et beyrouth réunis. Faut dire qu’ont leur a fourni quelques exemples. Les mômes, ce qui les amuse, c’est l’idée de la mort, ils se croient tout puissants, des supermickeys qui maîtrisent la vie et la mort, plutôt la mort d’ailleurs. Faire exploser la gueule des autres, c’est ce qui les branche. Bloch met un terme: «Ok, on n’est pas là pour faire de la philo.» Il lui griffonne le numéro de téléphone du commissariat sur un post-it jaune: «S’il revient, vous appelez discrètement ce numéro…»

Retour au commissariat. Fin de l’enquête. Évelyne rentre dans les rangs. Bloch se fout de sa gueule: faut quand même rédiger un rapport, mais un rapport sur rien, ce n’est pas grand chose. Rien, c’est même pas mieux que rien… Évelyne ferme sa gueule.