La troisième lettre commençait ainsi: «ce n’est pas si facile de tuer quelqu’un… pourtant je ne pense plus qu’à ça depuis que j’ai accompli mon premier meurtre et il me tarde de recommencer… Je vous avais averti: deux fois… je vous ai écrit pour vous inciter à jouer avec moi mais vous ne faites rien comme si vous vous moquiez de ce que j’accomplis. Je vous ai dit que je m’ennuyais, j’espérais que nous pourrions jouer ensemble et que vos recherches donneraient à ma vie un peu de stimulant. Mais non, vous restez inerte. Je vais donc recommencer. Il faudra bien sûr que les circonstances s’y prêtent… je n’attendrai pas longtemps…»

Évelyne avait attendu d’être chez elle pour ouvrir la lettre, attendu que ses enfants soient couchés, que son mari s’effondre dans un quelconque  match de foot et ce qu’elle lisait maintenant l’atterrait: elle ne savait plus que faire. Elle se rendait bien compte qu’elle aurait dû remettre les deux premières lettres plutôt que les détruire, que quelque chose se jouait là qui la dépassait. Prendre des initiatives n’était pas son fort. Elle préférait obéir aux ordres, ça lui évitait de penser; donc d’éviter de se tromper…

Elle poursuivit sa lecture: «Faites-moi confiance, mon prochain acte sera tellement fort que vous ne pourrez plus l’ignorer. Le monde entier entendra parler de moi!…»

Évelyne pensa que c’était la lettre d’un fou et qu’elle était prise au piège: quoi qu’elle fasse maintenant, elle était perdue, pas moyen de s’en tirer… Elle était au bord des larmes, n’avait personne à qui se confier, personne de suffisamment fiable qui saurait la soutenir et l’aider à trouver une solution. Inutile de compter sur son mari, il l’engueulerait d’abord puis, respectueux de l’ordre et craignant d’être impliqué, balancerait tout à la police cette pensée l’effraya encore davantage, ainsi elle était déjà du côté des coupables; ses supérieurs n’avaient pas de sympathie particulière pour elle; ses collègues ne vivaient que chacun pour soi. L’époque était à l’égoïsme… Elle n’avait ni amant, ni amie confidente, elle n’avait pas de confesseur et ne consultait pas de psychiatre. L’évidence de sa totale solitude lui donna envie de mourir.