Quelques jours plus tard, le médecin légiste rendait ses conclusions: le commandant de gendarmerie appela Albertine Mollet alors qu’elle était en train, en ce jour de la Saint Valentin de consulter le site des poèmes de Jean-Pierre Balpe pour voir ce qu’il écrivait sur l’amour. Ça tombait mal mais la vie ne fait que rarement preuve de délicatesse. Le commandant —il s’appelait Lucien Delsoussol et aimait à faire croire que c’était un patronyme aristocratique— lui dit: «Je vous fais parvenir les conclusions du légiste. bien sûr c’est nous qui menons l’enquête mais au cas où elles vous donneraient quelques pistes…» «Bien sûr, je vous en ferais part…» «Merci. Je vais à l’essentiel: la vieille dame n’est pas morte sur place. D’après le légiste, elle est morte depuis plus de quinze jours et n’aurait séjourné dans la grotte que deux ou trois jours.» «On l’a transportée là?» «Je ne vois pas d’autre explication…» «Ça n’a pas dû être facile…» «En effet, il faut une certaine force: un homme costaud ou plusieurs individus… ou alors un 4x4 qui aurait traversé la forêt mais nous aurions trouvé des traces autour de la grotte. Enfin, je crois…» «Aucun autre indice?» «Rien de bien sérieux. On a relevé sur son vêtement des terres de diverses origines comme si elle avait d’abord été allongée sur un autre terrain. La grotte a un sol de sable de gré or il y aurait de l’argile…» «la cause de la mort?» «Le légiste n’a rien relevé de suspect… Comme si cette personne étant morte de mort naturelle quelqu’un avait cherché à s’en débarrasser.» «Ce ne serait pas un crime?» «Pour l’instant rien ne le montre… Je vous tiens au courant si j’ai du nouveau mais… ne nous oubliez pas…» «N’ayez crainte!»

Delsoussol avait raccroché. Albertine resta perplexe. Encore une petite affaire pensa-t-elle, pas de quoi remuer un commissariat. Le mieux est d’attendre et de voir venir. Elle retourna à sa recherche de poèmes, découvrir ceux de Marc Hodges à Gilberte et se dit que, pour la Saint Valentin, ils étaient un peu lestes.