Tout a commencé étrangement : un matin, un adolescent est entré au commissariat. Il a demandé à voir la commissaire Albertine Mollet. Le planton, une jeune femme boulotte boudinée dans son uniforme trop serré, lui a demandé «A quel sujet?». L’adolescent — profil florentin, cheveux mi longs très noirs coupés comme ceux d’un page de la renaissance, tenue décontractée mais plutôt branchée de pratiquant des planches à roulettes (la jeune planton l’a trouvé beau comme un dieu de l’antiquité. Il lui rappelait même un portrait d’elle ne savait plus quel peintre qu’elle avait vu à Florence) — l’adolescent,, comme si le fait d’être dans un commissariat ne lui posait aucun problème, a répondu avec assurance: «C’est personnel.» «Je suis désolée, mais la commissaire n’est pas là…» «Savez-vous quand elle reviendra?» «Non, aucune idée…» L’adolescent a hésité: «Je peux vous faire confiance?» La jeune planton a hésité entre le sourire et l’indignation. La beauté du jeune homme lui a fait opter pour l’indulgence: «Bien sûr, pourquoi?» «Je dois lui remettre une lettre en main propre; il ne faut pas que qui que ce soit l’ouvre avant elle…» Il a sorti de son blouson une enveloppe portant une en-tête d’hôtel, l’a tendue vers le planton. Elle a tendu la main mais il ne lâchait pas l’enveloppe: «C’est très très important…» «J’ai compris, tu peux me faire confiance» Il l’a regardée quelques secondes dans les yeux: son regard était d’un noir intense. Elle en fut troublée: «Si tu ne me crois pas, va-t-en !» "Ok, je vous crois». Il a donné l’enveloppe. Il est parti aussitôt. La jeune flic regarda machinalement l’enveloppe : papier assez luxueux, son en-tête était «Four seasons hotel Cyprus» Elle la posa sur sa banque de travail en attendant la commissaire.